Andernos (vers)

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Andernos

Il faut avoir ressenti

La fébrile animation copulative

Des courtes nuits estivales,

Après avoir vu les corps triomphants

Et nus des jeunes allemandes,

Superbement dorés

Par un soleil contondant

Et rincés par les vagues

Fraîches de l’Atlantique.

Il faut avoir vu la fantaisie

Des jeunes citadins,

Bordelais et Parisiens,

Venus tester

L’efficacité

De leurs testostérones,

En séduisant leurs cousines,

Méconnaissables

Dans ce nouveau décor.

Il faut, enfant,

Avoir respiré ce pollen d’or

Aux parfums entêtants

Du mimosa et de la sudation

Résineuse des pins,

Qui envahit les vérandas

Et fait tousser les asthmatiques,

Avoir goûté les crèpes

Au Grand Marnier de Chez Pépé.

Il faut avoir senti,

Au creux de l’estomac,

Le craquement, terrifiant

Et cent fois renouvelé,

Des orages qui crèvent, le 15 Août,

Pour rappeler aux vierges étourdies,

Que les vacances s’achèvent…

Pour comprendre le désespoir

Que peut causer le vide de l’hiver.

Les villas fermées, les longues avenues

Vides, bordées de platanes chauves,

Cette bruine fine et si fréquente,

Les marées basses qui dévoilent

Les bateaux couchés sur la vase,

Comme autant de cadavres

En putréfaction et, surtout,

Cette lumière triste, blafarde

Que l’on croirait lunaire.

Et ces pins,

Trop sagement alignés,

Coupés de «pare-feux»

Et de profonds fossés,

Dans lesquels ont agonisé

Tant d’amis,

Broyés dans les tôles

Enchevêtrées

De leurs GTI invincibles.

Le Codec, où l’on entrait

En clignant des yeux.

Au rayon boucherie,

Le sourire d’Yvon,

Charmait les Madame

Bovary du coin.

Les Nouvelles Galeries,

Déjà plus très fraîches,

Et les Arts Ménagers…

Heureusement, Madame Moreno,

Près du stade, plongeait

Tendrement sa main fripée

Dans de grands bocaux

D’où elle retirait

Deux fois plus de bonbons

Que ce à quoi donnaient droit

Les quelques pièces

Vite glissées sur le comptoir.

Plus tard, sur des banquettes miteuses

Et sous le regard ironique

D’une patronne revenue de tout,

C’est à l’Hippopotame

Que les jeunes mâles échangeaient,

Leurs appréciations

Sur les performances sexuelles

De gamines pleines de bonne volonté,

Aussi dépourvue qu’eux d’imagination.

Et dans cette parenthèse hivernale,

Semblable à une grossesse difficile,

Avant la délivrance de l’été,

L’ennui était anesthésié

A coups de ragots.

Un pompier pyromane,

La légèreté d’une femme de gendarme

Ou les dettes d’un épicier

Fondaient dans le thé des mères de famille.

Les hommes, eux, feignaient de retrouver

Les vertus martiales de leurs aïeux,

Lors d’interminables parties de chasse.

Leurs pères avaient éradiqué

Toute faune sauvage.

Ne restaient que les grives

De passage, le faisan de lâcher,

Le lapin d’élevage

Et des perdrix décharnées.

Et, surtout, la palombe, canardée

Depuis des pylônes de plus en plus hauts.

Au lever du soleil, Gros Minet 

Pouvait encore réaliser

Quelques beaux coups de filets

Et faire, aux pentes,

Une belle moisson d’alouettes.

Plus tard, tous monteront dans le Médoc

Pour emmerder les écologistes.

Dans ces matins givrés,

Mitraillette, bègue depuis l’Indo,

Tentait, sans succès,

Au milieu des rires gras,

De faire partager sa terreur.

D’autres dédiaient

Chaque coup de 12 aux Felhagas.

Le 12, justement, était choyé

Comme bien peu d’épouses.

La platine, toujours

Finement ciselée,

Il situait son propriétaire,

Comme le ferait

Plus tard la voiture.

Le rouge et l’entrecôte

Sur les sarments de vigne…

L’infarctus n’entrait pas

Dans les statistiques.

Un peu avant Noël,

Venait la saison des lotos.

Dans la fumée des Gauloises

Le parfum anisé du Pernod,

On pouvait se fâcher

A mort pour un jambon,

Un panier garni,

Une caisse de vin,

Une cafetière électrique.

Pourtant, entre la frénésie

De l’été et l’ennui morbide

De l’hiver, deux courtes périodes

D’une sublime normalité :

En mai et octobre, avant l’arrivée

Et après le départ des estivants,

Le Bassin retrouvait

Une sérénité majestueuse

Et pouvait, à nouveau, ensorceler.

La magie des ces brèves saisons

Masquait mal Le désespoir

Qui, pendant l’hiver,

Gangrenait les âmes.

Ils étaient nombreux

A se donner la mort à chaque gelée.

Les voyant si démonstratifs en juillet,

Qui aurait pu deviner

Qu’ils se pendraient en janvier ?

L.D.

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Mis à jour ( Lundi, 03 Août 2009 10:59 )  

Laurent Dubourg a rejoint la communauté des auteurs de jesuisecrivain.com le Vendredi, 17 Octobre 2008.

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