Journal du néant

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Only the most ridiculous parts of this story are true.

Message in a bottle
Mardi 15 mai 2012, 12h30,
Dernière bouchée de poulet au gout faisandé ,indigestion, la tête toute bizarre, réactivité au taquet, esprit lourd, les yeux rouges  qui picotent, difficulté à rassembler mes idées…
Mercredi et jeudi : sommeil très peu récupérateur, insomnie matinale, je suis réveillé par une tachycardie sur les coups de 4 heures du matin.
Ce qui est étonnant c’est que ça commence toujours de cette façon: un aliment au goût bizarre plutôt amer qui crée des ballonnements puis toute la série de symptômes suit.
Là maintenant je ressens une migraine.
Une certaine volubilité me gagne.

Une histoire de pouce
lundi 14 mai 17h 30 – 19h44
Un pouce (comme quand on fait du stop)  surgit de façon tout à fait insolite, hors contexte, pendant un cours particulier n’ayant aucune signification rationnelle par rapport au vécu du moment sauf à être interprété dans la symbolique de l’inconscient, alors, j’ai demandé pourquoi ce  pouce brandit comme un signe de réussite de quelque chose dont j’ignore à ce jour la nature, mais pas d’explications de l’enfant qui s’adressait dans ce geste furtif à sa sœur. Ce geste resté sans explication pour cet intellect qui veut donner raison à tout m’a intrigué et continu de m’intriguer.
Le lendemain, je tombe sur un dessin humoristique d’un quotidien qui met en scène un pousse-pousse et aussitôt je pars dans une association d’idées. Le soir même je tombe sur un film qui met en scène un pouce dans une scène plutôt sanguinolente.
Je raconte, à un membre de ma famille, une rencontre avec deux policiers dont l’un deux m’interpella en me disant qu’il était un de mes anciens élèves, et je reçois comme réplique « pour entrer dans la police il faut juste un coup de pouce ».

Faut vous dire que la veille j’avais été fort intrigué par une scène de classe où dans un mots-croisés les élèves devaient donner le contraire du mot pousser aucun d’eux ne le put ou ne le voulut ce qui m’a fortement étonné de l’un d’eux dont je connais pertinemment le niveau. Malgré mes mimiques de ce geste, je n’ai eu aucune réponse.
Le j u s encore le j u s ou comment danser avec les robots.
Dimanche 20 mai :
Je me lève patraque: les yeux injectés de sang, larmoyants et toujours avec cette sensation de picotements. Souvent, je m’éveille la nuit avec l’impression que mes paupières sont collées et il me faut un effort colossal pour les ouvrir. Fait surprenant un lycéen à qui je donne des cours particuliers a les yeux dans le même état que les miens : les petits vaisseaux sanguins qui irriguent l’œil sont saillants et rouges et ses yeux larmoient. Je me dis que cette journée va être une journée pour les bookmakers. En voulant mettre mes lunettes je m’aperçois qu’une des branches s’est tordue au cours de la nuit. Je regarde un film: « Le diable et les dix commandements » une scène marque mon esprit: on y voit trois policiers et celui du milieu porte un képi sur lequel un X a été tracé. Cela me confirme que la journée sera bizarroïde et jalonnée par les équipes. Je dois me rendre au collège et au moment de m’habiller je vois que le temps s’est rafraichi, par conséquent il faut mettre un POLO dont la couleur est choisie en fonction du ciel gris d’aujourd’hui. Une fois dehors, les faits se confirment, en passant près d’un vendeur ambulant je l’entends dire distinctement seize, seize… à maintes reprises en jetant un regard furtif sur mon POLO. L’équipe est bien en place. Au loin, j’aperçois la guêpe qui déambule. J’arrive dans une rue où il y a des mendiants et je donne une pièce: d’habitude ils sont plusieurs mais aujourd’hui il n’y en a qu’un parce que le temps est pluvieux. Je me dis que je vais être abordé par les équipes au cours de mon chemin. Je croise celui que j’ai surnommé le scorpion car un jour il m’a abordé en me demandant comment on disait scorpion en français; juste au moment de notre rencontre une fillette parlait en français à sa mère il est alors parti dans un délire de traduction de mots en français. J’attends avec impatience le moment où je vais croiser les fourgons transportant et vendant du jus. C’est comme ça à chaque fois dans ces journées classées X. Je me fais aborder par un homme d’âge moyen qui tend la main pour mendier, je me dis qu’il est en état de travailler plutôt que de mendier quoiqu’on n’est jamais sûr de rien J’arrive chez le boulanger qui la veille à attirer mon attention en me remettant mes baguettes de pain, par un geste furtif comme pour me dire que c’était du pain au TNT ; ce n’est pas le vendeur habituel auquel j’ai à faire. En sortant, je vois une femme qui mendie et je donne une pièce. C’est dans ces journées que je croise énormément de mendiants en ville, tout le long du chemin. Effectivement, je croise un premier fourgon de jus puis un autre.

Je ne suis qu’un bateau de plaisance (hchicha talba maïcha).
Lundi 21 mai
Apparemment, il y a une équipe qui s’impatiente et qui perd son sang-froid. En effet, au sortir du collège une pierre vient frapper violemment le portail juste au moment où je passe le seuil. De plus, les appels téléphoniques se font de plus en plus insistants (un jour, je vous raconterai le réseau téléphonique). Il semblerait que certains exigent de « prendre leur pied » à moins de semer la zizanie. Mes chers, pas de menaces ! Pour plus de clarté il faut savoir que l’étymologie de cette expression « prendre son pied » vient, d’après la petite lucarne, de la piraterie et signifiait à l’époque prendre sa part de butin. Nous sommes donc dans une ère de flibuste moderne et urbaine où l’on tente  l’abordage de vaisseaux fantômes mais bien réels dans l’imaginaire de nous autres. Pendant de nombreuses années, il y avait en classe des élèves qui à chaque séance se devaient de lacer leurs souliers de manière ostensible et cela à des périodes précises de chaque mois. Allusion plus ou moins voilée à l’expression précédente. Aujourd’hui, plusieurs éléments de l’équipe m’ont désigné d’un balancement du pied et même ponctué d’un crachât, cette transaction  sonnante et trébuchante comme si j’étais la providence. Un passant qui passait m’a même cogné le pied avec le sien en voulant me dépasser, dans quelle époque vivons-nous ? L’étymologie du mot cogner est, elle aussi, très instructive. De plus d’après Alain Delon dans la dernière réplique culte de Borsalino: « La Chance, ça n’existe pas. »: comment une idée peut ne pas exister alors que son nom existe ? Peut-on avoir l'idée de donner un nom à ce qui n'existe pas ? La petite lucarne nous informe qu'un énième concours de robots se déroule en Chine : étrange info récurrente comme les marronniers où des robots flottant sur l'eau disputent un match en poussant une balle rouge. Juste après un sentiment de défaite m'envahit de façon incompréhensible alors que je ne suis engagé dans aucune bataille. Ou c'est peut-être la phrase 'le clown tombe' perçue de manière subliminale, qui s'est insinuée dans mon esprit. En cherchant ce qui a pu faire surgir ce sentiment, je m'aperçois qu'il s'estompe : ça y est j'ai trouvé c'est une série de nombres que j'ai vu apparaitre sur l'écran de mon ordinateur qui m'a foutu le cafard: 119 - 47- 59...Je vous raconterai un jour leur sens caché.

Mardi 22 mai 2012

Je viens de me demander à quoi ça sert d'écrire: ainsi, je pense détricoter la prison intérieure, ou plutôt la toile dans laquelle je me sens pris. Mais, c'est illusoire car je crois qu'on ne peut que tricoter. Mais mettre sous forme d'écrit ce qui nous traverse l'esprit ou du moins ce qui nous semble crucial à nos yeux, c'est à dire ce qui pourrait nous faire évoluer vers un nouvel état de découverte de nous même, nous fait aller en terre inconnue, sachant qu'on ne peut partir que du connu  pour aller vers l'inconnu. C'était ma minute mystique. C'est sûr, c'est encore une histoire de manque à combler, mais lequel ? Après m'être détaché de ces lignes, je me sens envahit par un sentiment de ridicule car j'ai l'impression que je passe d'un interlocuteur à l’autre, c'était moi au début lorsque j'écrivais et puis c'est devenu autrui qui me lisait en se barbant. C'est vrai après tout à qui je m'adresse ? Je ne suis qu'autrui finalement si c'est à son aune que j'estime mes propres pensées. Il FAUT QUE JE ME RECENTRE SUR MON CÔTE IRRATIONNEL, il me met dans un état euphorisant et puis je rigole bien avec lui. J'espère qu'en termes de néant, je tiens mes promesses. En disant cela je veux paraître celui qui a du recul par rapport à ce qu'il dit. Comment je procède aujourd'hui pour écrire? J'écris quelques idées qui me viennent à l'esprit puis je passe à autre chose: je regarde "stone"  (c'est le cas de le dire) avec Robert De Niro, et en regardant le film, je repense à ce que j'ai écrit mais cette fois en me décentrant, je me mets dans la peau du lecteur-juge et j'analyse les sentiments que provoquent en moi les remarques de ce critique et souvent c'est le sentiment de ridicule qui m'assaille.

C'est incroyable comment les films sur lesquels je tombe par hasard entrent en écho avec mes états d'âme du moment. Les situations vécues par les personnages, les thèmes abordés sont à chaque fois des réponses au cordeau à des questions que je me pose à ce moment là. Faut vous dire que je choisis les films en lançant ma souris au hasard sur les titres de films et pourtant il y a toujours un lien direct avec  le mélodrame intérieur que je me raconte. J'espère que je ne vais pas rompre ce charme magique en l'énonçant.

Arret sur image: O P E R A T I O N   CHAKHCHOUKHA

Lundi 21 mai 2012 : 17h-18h

Je pars donner un cours particulier; je monte dans le bus de la ligne n°7. Je devine autour de moi une certaine fébrilité. A l'avant dernier arrêt, l'annonce est faite "Chakhchoukha" lance un passager au moment de descendre: ce qui m'indique en même temps quelle est l'équipe engagée. Dans les maffias du fric, on fêtait une affaire rondement menée par une chakhchoukha arrosée de vinasse. Le chauffeur confirme le tout quelques instants plus tard en déclarant à un de ses partenaires du réseau qu'il ressent des douleurs sur tout le corps, ce que l'autre lui confirme par un large sourire: les douleurs osseuses sont le signal de la mise en branle et de l'activation d'une opération de grande envergure. En général, elle est chapeautée par les hautes instances et les gradés du réseau. J'arrive au domicile de mon élève ; depuis deux semaines une de leur voisine, une fillette de six ans environ qui m'a dit s'appeler Sarah, accourt jusqu'à leur perron à mon arrivée mais aujourd'hui, elle n'est pas là. La première fois, elle a attiré mon attention par un geste plutôt étrange: elle a mis son majeur dans la bouche puis elle s'est mise à dessiner avec son doigt sur la porte en fer de la maison. On m'annonce l'annulation du cours prévu et que l'élève est partie chez ses voisins. Sur le chemin du retour, je me fais arroser d'eau, je regarde autour de moi,  je lève les yeux vers les balcons mais comme je marchais sur la chaussée cela ne semblait pas provenir d'une maison...quoique, comme cela venait de ma droite... Plusieurs fois, le gicleur du lave vitre d'une voiture qui était tourné vers les passants m'a déjà aspergé d'eau de cette façon. Dans des opérations antérieures on a utilisé cette technique d'arrosage et bien d'autres que je vous raconterai un de ses quatre. C'était souvent lors des journées de championnat de football où l'excitation des esprits était à son comble.

En direct de l'hippodrome

Mercredi 23 mai 2012

Je m'habille pour aller faire les courses mais au moment de choisir un pantalon un élément décisif oriente ce choix. Je sors, une effervescence inaccoutumée m'accueille au bas de l'escalier de mon immeuble où sont installés des vendeurs, qui devraient être à la sauvette, à même la rue qui est contigüe à un terre plein servant à la fois de décharge publique et de marché. Comme à mon habitude je passe par une rue où se trouvent des mendiants, je donne successivement quatre pièces avec pour principe de sortir une pile puis de donner la pièce qui se trouve au sommet. Arrivée au rond point, je tombe sur la banderole qui annonce le combat des gladiateurs. Je me sens poursuivi par une multitude de téléphones en recherche du réseau morphique qui permet de transcender les monades. Je passe devant mon collège et j'aperçois un énième gladiateur en train de triturer son portable. J'achète mon pain mais en ressortant de la boulangerie je suis arrêté par un  quadragénaire bedonnant qui me demande avec une supplique dans la voix vingt dinars, je mets la main à la poche et je lui donne la pièce du dessus de la pile: cent dinars. Je sais qu'il n'est pas là par hasard car dès que je suis parti, il s'est lui aussi éclipsé. En allant acheter de l'eau minérale j'aperçois au loin une femme en train de mendier devant une boulangerie, je lui tends alors une pièce de vingt dinars. Un étrange sentiment s'est emparé de moi lors de ces courses c'est comme si j'étais réellement engagé dans cette guerre souterraine et même en la relatant je sens en moi cette impression d'être en lutte contre un adversaire invisible, un peu comme Don Quichotte, quoi!

Jeudi 24 mai: 3 heures du matin

Hier j'ai eu les yeux rouges toute la journée mais le soir cela a empiré au point de ne pouvoir maintenir les yeux ouverts. La mixture que j'ai ingurgitée semble vouloir servir à me contraindre à être ce canasson, à qui on n'a pas  demandé son avis et qui doit départager des parieurs invétérés, elle annihile toute volonté délibérée (j'ai la vague impression que c'est un pléonasme mais je me sens trop vidé pour réfléchir). C'est comme les potions que l'on prend pour entrer dans des états de conscience chamaniques. Toute la journée je me suis fait traiter de souche d'arbre en arabe c'est à dire de celui qui ne comprend strictement rien. Maintenant je me réveille avec certains lambeaux de vécus de la veille qui repassent en boucle dans mon esprit. C'est comme si la veille j'étais dans un mode enregistrement mais dans l'incapacité d'analyser sur l'instant ces éléments de vécus et qu'ils ressurgissent dès le réveil. A la sortie du sommeil, ce sont eux que je brasse dans tous les sens, ils s'imposent à moi au point de perturber mes rêves. Finalement, je me rends compte que toutes les bribes de conversations, toutes les images qui ont marquées de façon subliminale ma conscience la veille sont là maintenant et que je les triture dans tous les sens pour construire un scénario qui fasse sens avec ma représentation fantasmée du monde. Ce qui me trouble c'est que cet état d'agitation mentale  soit toujours précédé de ces rougeurs des yeux comme si cela était provoqué artificiellement. Je comprends que les éléments de vécus enregistrés la veille s'insinuent dans mon esprit et se transforment en pensées inconscientes qui elles-mêmes se traduisent par des émotions tellement fortes que le sommeil en est perturbé: on ne peut pas filtrer tout ce qui entre dans notre cerveau. L'interprétation que mon imaginaire fait de ces éléments moissonnés, par hasard, au gré de mes rencontres dans la rue est des plus drôles. J'ai absorbé les croyances inconscientes des autres par une sorte d'exposition permanente à ces matériaux captés et mis en boite indépendamment de leur contexte. Mais la question lancinante est: ce dysfonctionnement est-il provoqué ou même amplifié par quelques substances chimiques ? Des effets psychosomatiques peuvent-ils entrainer cette rougeur des yeux qui accompagne ces états de somnambulisme éveillé ?

Pour me changer les idées je décide de regarder un film. Je lance la souris de l'ordinateur de façon aléatoire sur une liste de titres de films et je tombe sur "zombies académie". C'est à se demander si la souris n'a pas bu, elle aussi, du zombretto. Le film suivant, sélectionné de la même façon est "Ombres et brouillard" de Woody Allen les scènes que je retiens entre autres sont celles où on lui demande de choisir un camp et qu'il répond qu'il ne connait pas l'alternative et que les uns et les autres peuvent être pomme, poire ou mandarine et aussi la réplique du magicien qui déclare sentencieusement à la fin du film que les gens ont besoin de leurs illusions comme ils ont besoin de l'air.

2OH15: Je sens  une odeur sirupeuse, étrange qui entre par la fenêtre entrouverte. Le Larousse du cerveau nous explique que: le bulbe olfactif se trouve dans le système limbique près de l'amygdale (associée aux émotions) et de l'l'hippocampe (lié à la mémoire). La première fois que nous rencontrons une odeur, elle est reliée aux émotions que nous associons aux événements en cours à ce moment-là. Quand nous la rencontrons à nouveau, ce lien est activé, évoquant le souvenir et l'émotion qui l'accompagnent. Or je me souviens très bien d'avoir senti cette odeur à maintes reprises au cours des années 2008 à 2010. Elle me réveillait même au  cours de la nuit. Et je n'ai pas de bons souvenirs de ces moments là. De plus en allant acheter le pain, j'ai vu un personnage nouveau au bataillon tiré sa langue et la faire bouger dans tous les sens en me toisant du coin de l'œil. Il a suffit que j'en parle pour que cette odeur disparaisse. Je me demande ce qu'elle peut faire ressurgir en termes d'émotions et de souvenirs. Elle est semblable à une odeur de sirop ou plutôt de chewing-gum à la fraise. Comme je viens de voir Mel Gibson dans "Complots" qui joue le rôle d'un parano je me dis qu'il est facile d'y plonger. A l'époque, elle me mettait dans un état d'excitation tel que je ne pouvais plus dormir. Car elle déclenchait une agitation mentale qui générait des émotions qui à leur tour venaient alimenter par de nouvelles pensées cette agitation et c'était le cercle vicieux. J'ai eu de sacrées nuits d'insomnie à cause d'elle. D'où le souvenir vivace qui m'en reste. Mais avec le temps j'avais fini par m'y habituer et elle n'avait plus que des effets minimes sur mon comportement. Il suffit d'un fait qui sorte un peu du commun pour que j'essaie de faire un lien avec tout ce qui m'a paru insolite au cours de la journée. C'est comme des stimuli qui peuvent, à persister, induire un comportement hors norme. Pourquoi est-ce que j'ai le sentiment qu'un réseau de l'ombre en dormance vient d'être réactivé pour venir m'enquiquiner?

Espion lève-toi

Vendredi 25 mai 2012 : 4h50 - SETIF

Voilà plus d'une heure que j'ai été réveillé par des moustiques et que les pensées qui me tarabustent sont en relation avec les dernières péripéties de la veille. Donc je suis envahi par cette attaque sournoise du voisinage immédiat qui s'était tenu relativement coi un certain temps. J'ai le sentiment que l'on veut me faire endosser des erreurs de positionnement qui me sont totalement étrangères. Je vous le dis clairement: trouvez-vous un autre bouc émissaire pour essayer de rafistoler une relation malsaine qui n'a pas résisté aux épreuves du temps; J'adore donner libre cours à mon imaginaire déchainé par quelques stimuli odorants et par la captation de signes interprétés de façon paranoïaque. C'est un peu dire sans avoir l'air de dire. Pourquoi ai-je ce besoin d'enrober tout cela dans un scénario de film d'espionnage ? Je sais, c'est pour contourner cette crainte d'être perçu comme un excité du bocal en train de délirer. C'est vrai que d'imaginer une réalité faite de persécution sadique comme celle qu'on voit dans les films lorsqu'une main invisible veut manipuler le comportement d'un individu  pour l'amener à faire ou au contraire à se détourner  d'un chemin laisse à penser une certaine perte du contrôle de soi. En relisant ce que je viens d'écrire je me rends compte que j'ai vraiment donné libre cours à une imagination trépidante; Bof! Si ça me  soulage, pourquoi pas! C'est vrai qu'une agitation mentale qui entraine des émotions produit une énergie psychique qui devrait se dissiper dans l'action plutôt que sous forme de scénarios mentaux. Finalement, quand je m'écoute parler, je me dis qu'il y en a qui n'ont pas besoin de fumer la moquette.

J'ai ressenti tous ces derniers événements comme l'invasion de mon néant secret. Pourtant il y a de la place alors à chacun son néant.

Lorsque le subconscient a emmagasiné tout au long de la journée des éléments qui font réagir des désirs et des pulsions inconscients, il en émerge au niveau conscient une activité mentale débridée qui trouve son expression dans ses scénarios mentaux où la réalité perçue est interprétée à travers ces croyances inconscientes et non à partir des éléments conscients comme il nous le paraît. C’est au petit matin lorsque je sors du sommeille et que je me reconnecte avec la réalité que ces pensées viennent occuper mon esprit car elles sont encore trop chargées émotionnellement. Ce sont ces éléments qui ont un sens symbolique comme dans les rêves que je mets sous le coude durant la journée qui doivent interférer durant les rêves la nuit et qui me réveillent.

Samedi 26 mai: 5h35

J'ai passé une bonne nuit et je me réveille assez apaisé; Je suis là a attendre de voir quelle direction vont prendre mes associations d'idées, or c'est le calme plat. Je me repasse quelques éléments des scénarios antérieurs, histoire d'amorcer la pompe mais mon esprit reste serein sans réactivité presque catatonique. Les captations de la veille n'ont pas été fécondes ou les autres ont opéré un retrait stratégique à la lecture de leurs manigances dévoilées. Ils sont peut être dans une dynamique de "wait and see". C'est souvent ainsi, aux jours de grands vents succèdent un calme relatif avec remise en ordre de bataille. D'habitude le 25 du mois est plus combattif  et surtout plus prolixe que cela. Les tests qui balisent la route sont accompagnés de réactions épidermiques, j'imagine la partie adverse dans un état de repli dubitatif. Omis une déclaration menaçante à la cantonade et des chaines de signifiants lacaniennes à connotations, rien de particulier à passer sous l'éclairage inquisiteur de la conscience matinale. J'ai remarqué aussi tout au long de cette année  que mes moulins à vent  surveillaient leurs chaines de parler et n'osaient plus s'épandre dans une parole libre, au contraire ils semblaient craindre de se révéler malgré eux à l'autre qu'ils imaginent les guettant sournoisement. D'ailleurs je crois que c'est cette crainte qui explique le comportement de nos gouvernants politiques qui se sont murés dans un silence assourdissant devant les événements majeurs et les tentatives de mutation de notre société. Pour des politiciens se shootant à la parole, ça la fout mal, comme on dit. On devrait les condamner pour rétention de parole névrotique libérée. Hier, le sentiment fort d'être une éponge sur le plan de l'absorption d'images symboliques a ressurgi au détour d'une conversation anodine. Je pense que c'est la parole confinée et contenue qui finit par sourdre de manière symbolique et que les images symboliques se transmettent comme un virus d'une psyché à l'autre.

12h30 puis 16h30: A 7h45 je pars au collège pour surveiller les compositions. Les premiers regards que je croise dans la rue sont agressifs, les gens sont plongés dans leurs pensées intérieures et certains marmonnent tout seul à voix haute. D'ailleurs c'est une spécialité par ici. J'arrive à l'entrée de la rue des mendiants et en passant à proximité d'un groupe de quatre policiers j'entends l'un d'eux dire en arabe "tu ne trouveras pas un seul clou..." et mon esprit la complète par pour te suivre dans cette voie là. Au passage, je donne une pièce aux mendiants. Lorsque je sors de cette rue je vois deux policiers en retrait contre un mur comme s'ils allaient tendre une embuscade aux quatre premiers. Et la mon imagination par au galop d'autant que je n'ai pas vu autant de policiers à cet endroit depuis belle Lurette, quatre puis deux, sachant la signification que j'ai donné à ces chiffres là, je saisis immédiatement les chamboulements qui se sont opérés dans les hautes sphères du pouvoir. Finalement, c'est, dites le avec le nombre de flics rencontré sur le parcours. A cet instant je bute sur la dernière lettre du mot parcours je doute entre le "s" ou le "t". Je me dis alors que c'est un signe pour m'avertir que c'est une info top secret. Mais comme je me suis interroger auparavant de façon subliminale  s'il fallait ou non la dévoiler je pense que mon inconscient exprime ce doute par une incertitude sur l'orthographe du mot parcours. Je suis tranquillement installé au bureau de la classe d'où je surveille les élèves en train de composer lorsque le directeur entre et bien que la salle soit dans la pénombre cela malgré la lumière allumée, il appuie sur l'interrupteur et éteint la lumière, toutes les têtes se redressent car la pénombre est maintenant complète et pourtant il a besoin de demander aux élèves s'il faut rallumer et devant la protesta des élèves il s'exécute immédiatement. Intérieurement je me dis qu'il n'était pas nécessaire de demander si c'était trop sombre pour travailler. Plus tard, je me suis rappelé la blague des deux fous qui dorment dans la même pièce, il y en a un qui se lève juste après qu'ils se soient couchés, puis il rallume la lumière et la réteint immédiatement après. Son congénère lui demande pourquoi il a rallumé et réteint. Il répond:" J'ai rallumé pour voir si j'avais éteint". J'ai trouvé une nouvelle marotte. Lorsque je capte des bribes de phrases dans la rue j'essaie de trouver le lien qu'il peut y avoir avec les pensées intérieures qui me tracassent juste à ce moment, et bizarrement la relation se fait très souvent et on trouve toujours le moyen d'incorporer ces éléments étrangers dans notre mélodrame intérieur même si c'est au forceps et que le rationnel fait le grand écart. Je me dis que le titre du journal me permet toutes les fantaisies puisque je n'ai promis que le néant, j'ai le sentiment qu'il me déculpabilise quant aux idioties que je pourrais dire. Le regard de l'autre est omniprésent dans mon esprit. J'ai besoin de me référer à cet autre imaginaire que j'ai fantasmé. Je n'arrive pas à me convaincre que ma connerie en vaut une autre. Je remarque que ma capacité d'indignation s'est assoupie avec le temps. Les pulsions et les instincts qui éveillent en moi des désirs sont antinomiques de l'observation, ils voilent la perspicacité et aveuglent la perception objective. Pour faire le tri dans le défilé des pensées qui me traversent l'esprit je dois éliminer des critères de sélection celui de l'absence de rationalité car ce sont surtout les pensées irrationnelles qui me font des révélations sur moi-même. Lorsque je juge avoir fait une trouvaille plutôt intéressante sur moi je ressens toujours une émotion mais je crois que c'est l'égo qui est à l’œuvre à cet instant là.  Souvent l'idée qui me paraissait géniale un instant plus tôt devient insipide parce que tout simplement j'ai changé de point de vue. Je me surprends souvent à projeter sur les autres la rigueur pour laquelle je suis laxiste envers moi mais comme ce sont des enfants le message est faites ce que je dis et pas ce que je fais. Dans les élèves que je surveille aujourd'hui, l'un d'eux, une fille, était mon élève il y a quatre ans et je me rappelle qu'elle m'avait donné une lettre qu'elle avait reçue sur internet et dans laquelle on lui demandait de la faire parvenir impérativement à dix autres destinataires sous peine de s'attirer une malédiction. Je m'aperçois que je passe beaucoup de temps à essayer de démonter mes propres illusions et à vérifier la rationalité de mes constructions mentales. C'est lorsque je suis pris dans une tâche matérielle quelconque que mon esprit se tourne vers l'intérieur pour s'introspecter alors que mon attention devrait être entièrement accaparé par le monde extérieur. Je viens de me demander s'il valait mieux tendre à être psycho-rigide ou au contraire une girouette mentale. L'avantage de l'inconstance c'est d'être imprévisible. Se connaître soi-même c'est connaitre les motivations profondes et inconscientes qui guident nos choix. Les deux derniers élèves me disent au revoir en partant et aussitôt mon égo s'engouffre dans la brèche pour faire un lien entre  cet exercice d'introspection diffusée et comment le monde me voit: des liens en veux-tu, en voilà et basta le rationnel! L'emprise de l'irrationnel s'accentue. Un gladiateur tout de rouge vêtu fait son apparition dans le collège. Je l'ai surnommé le prédateur de la gente féminine suite à des discussions et quelques stratagèmes que j'ai pu débusquer. De dites le avec les nombres nous sommes passés à dites le avec les couleurs. Il fait un passage devant ma salle et lorgne à l'intérieur. Cette fixation sur la couleur des polos remonte à plusieurs décennies. Un jour je vous détaillerai les événements qui se rattachent à cette construction mentale. Certains éléments visuels apparus dans la cour orientent ma pensée vers l'irrationnel et ils sont souvent anxiogènes car ils se rattachent à des constructions mentales antérieures auxquelles je m'identifiais fortement. La première séance s'est déroulé avec un ressenti plus tranquille que celle-ci, je me surprends à absorber l’appréhension des élèves face à cette matière, je scrute pour pour voir les signes qui laisseraient transparaître  leur état émotionnel intérieur et alors mon être intérieur s'en trouve affecté. Lors du passage du prédateur rouge je me suis perçu dans le rôle du gardien bleu des bonnes mœurs. C'est alors qu'un professeur fait son entrée dans la classe et rectifie une erreur de nombres, et je vous le donne en mille, il s'agit de 4 mètres et 20 centimètres. Vous vous rappelez les 4 et 2 du début ? C'est donc la coïncidence signifiante de la journée. Bon si après ça vous gardez votre rationalité c'est que vous êtes fort ! Moi, ces coïncidences elles me mettent dans un état d'excitation paranormale. A ce moment là, je remarque que cette année on n'est pas venu élaguer les arbres de la cour de l'école. C'est en rapport avec la campagne publicitaire pour les législatives: en effet les affiches comportaient une urne de laquelle jaillissait un arbre. Fallait la trouver celle-là ! Et pour couronner le tout, lors de la surveillance de l'après-midi, un gros insecte noir fait son entrée dans la classe par une fenêtre ouverte  et sème la panique chez les élèves avant que je puisse le faire sortir par la porte. Cela m'a rappelé la célèbre synchronicité du scarabée dont avait parlé C G Yung.

Dites le avec la triche

Dimanche 27 mai 2012: 11h 50 puis 16h

Ce matin, grosse colère. Rappel des faits: hier, je prends une élève sur le fait: elle a posé un livre sur sa chaise, sous ses jambes et le consulte en catimini. Je lui retire sa feuille; elle fait une grosse esclandre et refuse de sortir d'elle-même donc je fais mander la surveillante générale qui vient et qui a elle aussi toute les peines du monde à faire entendre raison à l'élève incriminée. Jusque là rien que de plus banal une situation de classe qui se vit tous les jours dans toutes les écoles du monde. Mais là où la situation dérive vers l'extravagance et la fiction c'est lorsque je me présente ce matin et que le directeur pour évoquer ce cas de triche me présente les pièces à conviction du délit, alors là j'explose car parmi elles je vois qu'en plus de la copie que j'ai retiré à l'élève qui était presque vide puisque l'incident s’est produit au tout début de la séance, il y a une autre copie de l'élève : la surveillante générale a tout simplement emmené l'élève dans son bureau et l'a autorisé à composer seule. Je me suis dit que là on marche sur la tête, ce laxisme de l'administration de notre collège est criminel : quel est le message éducatif qui est délivré à l'élève lorsqu'on le laisse transgresser des règles de base et qu'on passe l'éponge sur la triche. C'est une façon de lui dire que le système est permissif et tolère tous les dépassements. C'est le meilleur moyen de former les futurs citoyens au respect des règles. Je sors de mes gonds, je déchire la deuxième feuille et réaction ubuesque malgré les explications que je lui donne le directeur reste enfermer dans un raisonnement d'une perversion à la limite de la débilité profonde. Je ne sais pas pourquoi mais la veille je me suis surpris à imaginer qu'on allait laisser l'élève refaire sa composition mais cette pensée fut fugitive sans attiré pleinement mon attention. Je remarque que ma colère retombe vite, alors qu'autrefois je pouvais passer des journées entières à ressasser les mêmes événements qui m'avaient mis hors de moi. La personnalité n'est pas quelque chose de figé mais la transformation ne s'opère que très lentement dans le temps et il faut une lucidité de tous les instants. J'avais toujours été intrigué par les personnes qui restent de marbre en toutes circonstances; j'ai longtemps cru que ça n'existait que dans les films ou que l'apparent calme n'était que de façade et que ce n'était qu'une question de simulation. Alors que moi j'étais totalement submergé par l'émotion, en permanence et je passais mon temps à essayer de contrôler le déferlement émotif qui était mon lot quotidien. Je pense que le métier d'enseignant à des incidences directes sur l'évolution de la personnalité et du caractère. Voir à longueur de cours des échanges de regards de connivence accompagné de sourires moqueurs qu'on prend pour soi dans un premier temps, et bien d'autres images visuelles chargées affectivement, constituent les stimuli qui portent sur les nerfs et stressent l'individu. Le métier de prof soumet la personne à ce type de stimuli en permanence. J'ai l'impression que je m'interdis de me laisser emporter entièrement  par la colère. Lorsque dans la colère je commence à ressentir les effets physiques désagréables de la colère, l'identification de la conscience au phénomène colérique s'estompe et il me vient toujours cette pensée que je suis un être faible parce que j'ai perdu mon self-control. Et aussitôt la colère retombe d'elle-même. Il me vient aussi l'idée que les "autres" veulent tester  mes réactions et évaluer mes capacités de résistance aux situations stressantes (parano quand tu nous tiens!)  ou que l'on veut me pousser vers un état dépressif. J'y vois  l'intention malveillante d'un réseau de pervers alors que la vie professionnelle chez nous n'est faite que de situations conflictuelles engendrées par des égos frustrés mais sur le moment, à chaud,  il est difficile d'avoir ce point de vue qui permet de relativiser et de prendre du recul.

Pour rendre la réalité moins sordide je me suis construit  mentalement une fiction du monde où je tends à l'idéaliser. C'est incroyable de voir à quel point la capacité de persuasion de l'irrationnel à travers l'illusion est grande. Le sentiment d'être dans l'irrationalité n'apparait que lorsque je parviens à déterminer les croyances inconscientes qui sont à l'origine de mes actes et cela même pour les faits les plus anodins de la vie quotidienne. Je déteste que le monde extérieur fasse irruption à travers l'émotionnel dans le cours de mes pensée pour orienter et décider de la direction que va prendre ma réflexion et pourtant je sais qu'il ne peut en être autrement. Lorsqu'un événement inattendu comme celui de ce matin provoque une telle décharge d'adrénaline je le vis come une effraction de mon cocon intérieur et je fais tout pour repousser l'indu occupant. Autrefois j'avais beaucoup de mal à chasser de mon esprit de tels vécus. En débusquant l'égo, dans ses manipulations on devient moins réactif aux situations conflictuelles, on se laisse moins berner par lui pour se lancer corps et âme dans ses batailles et on est plus lucide à ses stimuli. Maintenant je prends des notes et j'écris tout ce qui me traverse l'esprit. Je prends conscience que sans cet effort astreignant d'écriture pour un flemmard comme moi il n'y a pas de possibilité de franche évolution. Maintenant je me demande ce qui me pousse au fond de moi à tenir ce journal de l'introspection. Est-ce encore une énième vanité de l'égo ? Je me suis convaincu  de l'idée qu'il est autant important de savoir pourquoi on fait les choses que de les faire. Mais en définitive est-ce que ce n'est pas l'égo qui nous pousse toujours à agir ? Ecrire ce journal m'apparait comme vouloir sortir d'un brouillard dont je commence seulement à prendre conscience. Je viens d'avoir une réaction totalement hors de mon contrôle comme sous l'emprise d'une force inconnue qui prend le contrôle de mon esprit et je me rends compte que j'ai attrapé la phobie des objets qui se trouvent en travers de mon chemin. J'essaie de retrouver la première fois où j'ai eu ce type de réactions et de faire son historique. Et je m'aperçois que la pensée inconsciente qui est derrière cette phobie vient de ce que je l'ai interprétée comme issue de forces obscures qui ont placé ces obstacle sur mon chemin pour m'empêcher d'évoluer vers un état psychique plus complexe mais plus riche qui entrainerait une connaissance de soi plus grande. Par moment je  suis persuadé de manière subconsciente que les forces extérieures se liguent contre moi pour organiser mon échec. Qu'est-ce qui a fait naître cette croyance inconsciente en moi ? Et pourquoi s'est-elle développée au point de provoquer des comportements d'automate ? Je pense que la réponse à la deuxième question est que la paresse mentale qui consiste à ne plus faire les efforts de réflexion sur soi pour chercher à se connaître, à se comprendre conduit à des dérives irrationnelles où notre esprit peut alors héberger n'importe quels types de pensée et de croyances inconscientes. Et donc pourquoi pas le sentiment d'être sous l'emprise d'une force obscure qui oblige à agir selon son bon vouloir. Et la difficulté pour s'en débarrasser tient au fait qu'elles se sont enracinées depuis des lustres.

C'est une journée où l'impression de dualité dans ma relation avec le monde est très forte. Cette impression est exacerbée par les vécus où les tensions avec d'autres personnes sont nombreuses. Donc si on veut accentuer la paranoïa de quelqu'un il faut lui faire vivre des situations conflictuelles.

Lundi 28 mai 2012: 10h 14

Eurêka! ça marche. Après plusieurs essais infructueux, je dois admettre l'évidence: la page web où j'ai coutume d'enregistrer les pérégrinations de mon esprit que j'aime à croire vagabond, bien que ce soit un leurre, se refuse à tout comportement coutumier. J'aime à imaginer que c'est le contenu que j'ai saisi qui est à l'origine de ce détournement technologique, cela voudrait dire que je fais des révélations fracassantes et que cet autre que j'ai fantasmé sous la forme d'équipes en lutte clandestine et souterraine pour la conquête du subconscient des uns et des autres se sentirait menacé au point de transgresser une des règles de base du code des fantômes de l'imaginaire: celui de rester transparent et indétectable aux yeux des epsilons robotisés; Lorsque j'écris avec un style ampoulé et alambiqué cela passe comme une lettre à la poste, toujours ce culte du vrai faux secret relatif et hypocrite. Mais quand j'écris de manière consciente, le je de l'inconscient collectif ou des happy few, ou perçus tels, se rebiffe et sort l'artillerie lourde mais complétement surannée, sans effet: faut vous renouveler mes cocos !On ne doit surtout pas dévoiler des emprises qu'il a installées depuis des temps immémoriaux. Ma lucidité m'informe que ce petit incident (à cet instant classic FM délivre le chant d'un canari, je vous conterai l'histoire qui se rattache à ce pinson prisonnier dans une cage)  ce petit incident disais-je, a eu pour effet de débrider le grand Autre qui semblait plutôt mollasson ce matin, et les mots se sont mis a coulé de source. Mais je  garde dans un coin de la carte souvenir le contenu illicite qui a provoqué le courroux des éléments matériels dont nous restons dépendants ici-bas. Dans la salle où nous assistons à la réunion préparatoire du brevet je croise des regards qui se détournent immédiatement. Pourquoi j'ai cette impossibilité à faire abstraction des personnes qui m'entourent pour me focaliser sur le contenu de mes errances psychiques introspectives, sans être ramené vers cette réalité trop envahissante. Les éléments visuels qui m'affectent fortement sont toujours en relation avec un questionnement intérieur qui se promène sans avoir trouvé de réponse et donc il tente d'émerger au gré de mes perceptions visuelles ou sonores en faisant jaillir une pensée interprétative souvent irrationnelle mais souvent très chargée émotionnellement. Chaque dénomination ou description que j'ai fait dans mon fort intérieur, sur les personnes et les objets qui m'entourent se rattachent à un élément refoulé de ma personnalité. Surprendre des regards qui se détournent rapidement a pour conséquence de dévier le cours de mes pensées par l'interrogation qu'ils suscitent.  Parvenir à distinguer les moments de pause dans la pensée et ne pas avoir la sensation d'un flux continu qui épuise psychiquement est crucial pour savourer ces moments de paix où on arrête de gamberger. Même les moments insipides du vécu peuvent être enrichis par une réflexion et une observation minutieuse des mécanismes de la pensée en oeuvre dans ces moments là. Quand on a un comportement qui détonne, ou qu'on croit l'avoir, on surprend beaucoup de regards fuyants lorsqu'on les croise. Je deviens de plus en plus sensible aux transitions où la conscience passe d'un éclairage dirigé vers soi à celui du monde extérieur. J'essaie d'interpréter rationnellement les incidents qui m'ont empêché de sauvegarder les premiers écrits de ce matin. Rencontre provoquée veux-je croire: j'ai l'impression que la partie adverse veut me coller une étiquette simplement en me faisant rencontré un élément marqué idéologiquement. Si tu parles avec celui-ci tu es donc de son bord aux yeux d'une autre équipe. D'où me viennent ces raisonnements tortueux ? Tout simplement de vouloir faire le lien avec différents événements qui occurrent dans la journée en refusant toute idée de fortuit. Cette rencontre donc: je lui demande de me situer le lycée auquel je dois me rendre. Il commence ses explications puis je m'aperçois que son attention n'est plus fixée sur ce qu'il dit et qu'une pensée sans relation avec son propos vient de lui traverser l'esprit car il en émerge une contradiction flagrante qu'il n'arrive pas à percevoir (repérer ce comportement chez les autres pour mieux le voir en soi). Il faut que je la lui indique plusieurs fois pour qu'il rectifie son dire. Autrefois j'avais besoin de déconsidérer les autres pour désamorcer le flux de pensées qui justement me déstabilisait en me faisant perdre ma propre confiance en soi ou pour affronter des situations où je me sentais submerger par les émotions. Irritation perceptible du chef de centre devant l'indiscipline de l'auditoire mais il fait un démarrage sur les chapeaux de roue (je m'aperçois que c'est la première fois que j'écris ou que je vois cette expression) et il présente les différents points de la réunion, immuables depuis l'invention de l'école, avec une rapidité peu coutumière chez la corporation à laquelle il appartient. Chassez le naturel... en fait c'était juste pour démarrer, le ronron habituel a repris le dessus et les éternelles anecdotes ressurgissent à cause de l'appel de la forêt. C'est le moment pour moi de reprendre mon introspection. Une inquiétude soudaine à propos d'un chèque que je crois égaré et qui ne l'est pas mais à ce moment je ne le sais pas, entraine un brusque changement de mon état intérieur; je passe d'une quiétude tranquille à un état fébrile et impatient et je n'ai plus qu'une envie que la réunion ne s'éternise pas. Pour dissiper cette inquiétude je fais une évaluation des dommages possibles pour me convaincre que cela ne peut pas m'affecter et que je suis au dessus de ces considérations bassement matérielles. Je hume alors mon sentiment intérieur mais je  ressens toujours cette légère anxiété de fond persistante qui contredit cette affirmation gratuite de la conscience qui se prétend non matérialiste. On dit qu'il faut être dans le ici et maintenant pour savourer pleinement les vécus mais lorsque le sentiment d'ennui commence à poindre je ne peux que fuir vers un ailleurs (ce n'en n'est pas un vraiment) qui est de collecter et de consigner mes contenus psychiques.


Dites le avec le mobilier urbain:


En remontant la grande avenue mon attention se trouve attirée par le remplacement des lampadaires qui la longent. En effet, les fioritures qui surmontent cet objet d'éclairage sont à connotations politiques très marquées et suggestives par rapport aux derniers événements de la scène internationale. Elles représentent une spirale dans le plan vertical qui débute d'un point haut pour se terminer par une ligne verticale qui pointe vers le bas. Il  ne faut pas être fute-fute pour interpréter ce qu'exprime ce point de vue très clair et sa tendance idéologique claironnante. En arabe ce slogan veut dire "tournez, tournez vous finissez par retomber par terre! "

Mardi 29 mai 2012: 6h

Je m'interroge sur les raisons de mon hypersensibilité aux perceptions sonores et visuelles qui déclenchent en moi une émotion forte, captées de façon aléatoire, extraite de leur contexte et non interprétées par rapport à mes propres désirs inconscients laissés en jachère. En général l'émotion associée est une pointe d'angoisse car j'ai le sentiment de passer d'un état où je suis maitre de mon esprit, où ma raison s'exerce pleinement, et où je fais des liens qui sont tout ce qu'il y a de rationnel à un état émotionnel où je réagis sous l'emprise d'une émotion si forte que je ressens physiquement le blocage de ce qui est ma conscience rationnelle et qu'elle m'impose des réactions impulsives que je perçois comme une force occulte qui s'impose à ma propre volonté. Mon esprit se fixe sur des phrases ou des bribes entendues ça et là, des bruits perçus, des images ou des objets, en fait sur tous types de perceptions lorsqu'elles entrent en résonance avec un élément inconscient de ma psyché. Dans la rue, lorsque des phrases chargées de sous entendus ou avec des présupposés fusent  d'une personne à une autre (certains s'en amusent au détriment d'autres: on tue l'ennui comme on peut !) , ou tout simplement de personnes qui marmonnent tout seul lorsque je les croise, je réagis intérieurement, lorsque l'élément perçu fait écho , par l’apparition d'une émotion qui tétanise mon esprit et accentue ma perception du monde dans la dualité. A ce moment là, il me vient souvent cette pensée que c'est reparti, c'est à dire que je vais basculer dans l'état où les événements personnels échappent à mon contrôle et que je vais me retrouver à réagir sous l'emprise de l'émotion comme un automate. Cet état dure tant que la charge émotionnelle apportée par l’excitation, qui est une énergie psychique, ne s’est pas dissipée sous forme d’action souvent  elle se pérennise en déclanchant un emballement de la pensée qui vient à son tour alimenter l’émotion dans un cercle vicieux. Souvent l’itinéraire ou le vécu se trouve jalonné d’éléments excitants qui réarment la charge émotionnelle. Je me rends compte que ces mots d'automate, robot on balisé mon vécu durant ces dernières années en revenant comme des leitmotivs sans que je fasse ce lien que je fais maintenant. C'est comme si une part de moi-même me disait tu as un comportement de robot. Cela peut aussi s'expliquer par le fait que beaucoup d'informations entendues ça et là leur font référence. Et n’oublions pas les sonos des vendeurs du marché dont l’un d’eux vend des robots ménagers et qui hurle depuis trois ans le mot  robot à nos oreilles, tous les matins. Ce sont des segments de chaines verbales qui interagissent avec des croyances profondément enfouies en moi et que je n'ai pas su faire émerger à la surface de la conscience par une analyse. C'est l'émotion ressentie en association à sa perception dont je dois me saisir pour démarrer mon investigation. L'émotion doit servir de signal au départ d'une introspection pour faire remonter des profondeurs de l'âme ce qui est exprimé à travers elle. La perception doit être passée au crible pour en dégager toutes les significations dont elle est porteuse aussi bien apparentes que dissimulées dans ses présupposés. D'autre part, je me dis que si mon esprit, de toutes les perceptions qui lui parviennent, visuelles, sonores ou même gustatives s'est fixé sur celle-ci plutôt qu'une autre c'est qu'elle éveille en lui un élément inconscient refoulé et à fleur de peau qui ne cherche qu'à émerger et cela il le fait de manière symbolique en mobilisant l'attention consciente sur cette perception. Si maintenant je passe en revue toutes les constructions mentales que j'ai élaborées et en faisant le lien avec les perceptions qui en sont les instigatrices ou les facteurs déclenchants je pourrai remonter aux sources inconscientes qui contiennent le refoulé. Je pense que je dois faire la part des choses entre ce qui revient à mes propres constructions et ce qu'il faut attribuer aux constructions des autres que j'ai intégrées par contamination par des décryptages d'expressions symboliques d'autrui.

Entendre les mêmes bruits, les mêmes cris de marchands, tous les jours à cause d'un marché enraciné au bas de l'immeuble, faisant fi de toutes les règles, quelles qu'elles soient, bon voisinage, non pollution sonore, hygiènes et autres,  fait naître le sentiment de l'immuable, de l'éternelle répétition d'un même vécu avec l'impression d'être prisonnier de ces excitations sensorielles. Je me surprends alors à guetter la nouveauté dans ce décor de perceptions sonores implanté sauvagement et lorsque surgit cet inattendu, cet élément nouveau qui ne colle pas avec ce qui est entendu depuis des lustres, qui ne s'intègre pas de lui même sauf au prix d'une construction mentale alors jaillit une interrogation lancinante et maladive sur les raisons secrètes et inavouées de cette brusque présence qui doit certainement obéir à des desseins certainement maléfiques puisque je dois m’effrayer de ce que je ne peux pas expliquer.

15h 20
Le boomerang
Olé! Réagir ou ne pas réagir, là est la question.Suite à mes dissertations sur la cité, une partie plus susceptible qu'une autre  s'est sentie prise pour cible et à éprouver le besoin viscéral de m'envoyer un pneumatique où on me qualifie du gentil sobriquet de fouille...heu fouineur en orchestrant l'embuscade à l'aide de paroles enfantines innocemment placées sur le palier et servant de relai de transmission selon leur immuable mode opératoire ancestral alors que j'aurais apprécié un peu d'innovation ou à défaut une figure de style plus recherchée. Mais vous me direz , on fait avec ce qu'on sait faire et que la subtilité et l'esprit raffiné ne sont pas l'apanage de tous. Voilà pour la partie répartie qui veut se soulager. Cette situation réelle ou supposée à fait naître en moi un besoin irrépressible de réagir et d'en découdre par un renvoi épistolaire et de ne laisser en aucun cas passer impunément cet envahissement de mes plates bandes et de ce que je considère comme une ingérence dans mes affaires intérieures et une tentative de vouloir restreindre ma liberté d'expression en tournant en dérision mon propos. Personne ne peut s'arroger le droit de critique exclusive de la cité.
Mais en même temps la pensée que je ne dois pas réagir du tac au tac s'est fait jour dès que j'ai commencé à monter sur mes grands chevaux. En fin de compte, je vois que je me suis laissé prendre au jeu de l'égo qui m'a fait me sentir offensé, outragé et attaqué personnellement au point de devoir réagir et sous l'emprise de l'émotion causée par ce qui est perçu comme une pique j'ai rédigé un retour à l'envoyeur à cet autre que j'imagine cherchant à me déstabiliser. Arriver à cette conclusion un apaisement, une sérénité m'envahissent et chasse hors de mon être l'état d'excitation antérieur.


Mercredi 30 mai 2012:  5h
Lorsque je suis d'humeur badine, que mon intention  est de vouloir rire sans retenue de tout, l'écriture me procure alors une joie intérieure qui entraine une fluidité des mots et de l'expression, par contre dès que mon sentiment intérieur prend trop à cœur les enjeux de ce que j'écris le processus se grippe ,la fluidité s'estompe, l'écriture devient laborieuse et je la ressent plus comme une contrainte imposée plutôt qu'une thérapie libératoire. Mon état d'esprit intérieur, tourné à la plaisanterie me fait interpréter les perceptions sensorielles avec un filtre de légèreté et de détachement , alors elles sont reçues sans laisser de traces envahissantes, sans provoquer de remue-ménage intérieur qui entraine des changements de l'être intérieur de façon brusque et ressenti comme passer du coq à l'âne au plan des sentiments. Depuis que je me consacre à ce journal, j'attache une grande importance aux pensées qui abondent à mon réveil; après une nuit récupératrice la pensée retrouve un allant que je ne lui connais pas à mesure que la journée s'écoule . Je découvre que je commets des erreurs lors de cette collecte d'impressions par une attente impatiente ou une recherche de profondeur trop exigeante. Il faut que je laisse venir les pensées d'elles-même sans vouloir provoquer artificiellement leur survenue. Maintenant j'ai comme l'impression que mon esprit se plait à se jouer de moi; c'est lorsque je ne suis pas en mesure matériellement de  consigner  mes matériaux psychiques qu'ils surgissent en abondance avec un intérêt certain. Peu importe la qualité de mon écriture -je me demande si c'est sincère- ce que je dois rechercher c'est de dire mes interprétations, mes émotions, mes sentiments bref mon ressenti tel qu'ils traversent mon esprit. Je m'aperçois qu'ainsi je verbalise un maximum de pensées et que cela pousse à une investigation plus profonde et plus riche d'enseignements. Les pensées irrationnelles s'épanouissent dans un esprit qui ne verbalise pas. S'astreindre à écrire , à mettre en mots tout ce qui nait dans notre esprit c'est faire le ménage à l'intérieur de sa tête; vous me direz il faut aimer faire le ménage mais point de clarté si on laisse trainer une multitude de pensées et de croyances à l'état inconscientes.Le gros handicap pour moi, c'est de ne pas avoir les mots justes qui traduisent exactement ce que je pense. Comme je me suis laissé aller à une paresse mentale et que les vécus antérieurs ne m'ont pas contraint à devoir faire cet effort de justesse mon phraser s'en est trouvé ralenti et très approximatif. En fait ce sont toutes les capacités intellectuelles qui s'en trouvent amoindries. Je m'aperçois que j'ai de grosses difficultés à révéler les lacunes que l'introspection met au jour, alors qu'est-ce que ça va être pour ma part d'ombre! Ce farfouillage dans les plis du mental rencontre des obstacles car justement lui n'en n'est pas un. Remettre en question les décennies de fonctionnement des circuits cérébraux qui ont eu le temps de tracer leurs sillons dans la roche dure se fait au Karcher.
Il faut que  je m'invente des situations, des personnages,mais  issus de la réalité, pour déployer une imagination qui sert de mécanisme de défense contre la monotonie, l'ennui et le sentiment d'ineptie du vécu.Comment s'articule ma démarche d'écriture? Faut-il mener à terme un processus réflexif puis le mettre par écrit ou le noter au fur et à mesure qu'il émerge, au risque  de casser le rythme? Je m'aperçois que le simple fait de m'interroger de manière insistante sur la forme me fait vite perdre le fil de mes idées. D'un autre côté lorsque j'attends la fin de ma réflexion, c'est l'urgence de dire qui en pâtit et alors les mots sonnent creux. Ils ne font plus corps ou symbiose avec la pensée d'origine. C'est un tempo qu'il faut trouver entre ces deux extrêmes mais lorsqu'il est là, il se ressent et toute sensation de contrainte ou de forcer les choses a disparu. En me remémorant les vécus de la veille, je saisis que certaines choses ne se disent qu'à travers une réalité fantasmée où les personnes réelles sont détournées de la réalité première pour être intégré dans mon imaginaire; pour ceux qui ont vu le film "Le paltoquet", cela leur illustrera parfaitement ce que je veux dire. Est-ce le visionnage de ce film, hier, qui me révèle à moi même mon obsession de travestir le réel?  Je me rends compte que je viens de dire "pour ceux" par conséquent que je m'adresse aux autres tout en me percevant comme un autre parmi les autres. Alors que  dans l'esprit de la dualité l'opposition imaginaire entre moi et les autres est franche. Je viens de ressentir un bien être agréable provoqué par la pensée que ce travail d'écriture que je mène est le signe d'une transformation en profondeur de mon être; je le souhaite irréversible pour m’empêcher de retomber dans les travers aliénants de mes vécus antérieurs. J'ai la crainte que ce que j'estime être des excentricités intérieures ne se révèlent au monde extérieur. J'essaie par tous les moyens de contenir l'irrationalité qui a pris une place que je trouve trop prépondérante dans mes cogitations pour qu'elle ne transparaisse pas  aux yeux d'autrui. Or la tenue de ce journal est contradictoire de l'énoncé précédent mais c'est lui qui m'a fait prendre conscience de cette crainte qui c'est exacerbée ces dernière années.
L'égo se régale ce matin . J'ai des réactions épidermiques, dans le cadre de mon métier, pour des petits riens: mes émotions sont à fleur de peau et l'égo embusqué, se met à l’œuvre et présente le moindre fait comme une atteinte de lèse majesté à l'image de soi et l'estime personnelle. L'affaire de la triche ressurgit lorsque la surgé est informée par mes soins du destin funeste de la feuille de composition illicite. Nouvelle montée d'adrénaline, les égos respectifs s'empoignent allègrement. Je crains alors que ces explosions d'émotion à tout va  n'entament mon capital énergie psychique et ne provoquent une déperdition et un affaiblissement de ma lucidité introspective. Les grosses colères tournent l'esprit vers l'extérieur et maintiennent fortement   cette orientation alors que l'introspection nécessite des allées-venues libres entre les mondes intérieur et  extérieur de même qu'un état intérieur apaisé. L'attitude idéale c'est de savoir chasser de son esprit les vécus trop envahissants caractérisés par des ruminations sans fin. L'égo cherche à s'agripper dans les relations personnelles et professionnelles. Être capable de sublimer ces explosions d'énergie psychique par un travail d'écriture sur soi nécessite un entrainement pour sortir du comportement routinier du mental qui empêche d'analyser les réactions primaires.
Dans notre pays, l'attitude du surgé qui est loin d'être un cas isolé, nous montre que derrière le rond-de-cuir pointilleux et très respectueux des formes administratives peut se dissimuler une volonté sournoise de rejet du système se traduisant par un détournement de ses finalités. Dans la forme tout est fait dans les règles de l'art pour ne rien laisser transparaître mais dans le fond tout est perverti par le système de valeurs qui a cours dans son esprit purement matérialiste où il a banni tout idéal sociétal.

Jeudi 31 mai 2012: 3h 30
Je me réveille avec le souvenir de mon rêve de la nuit en tête. Certains de ses contenus se rattachent à des pensées fugitives de la vie diurne auxquelles je n'ai pas attachées d'importance sur le moment. C'est en me repassant le rêve que je me dis: tiens, j'ai pensé cela durant la journée et ça se retrouve dans le rêve. Je me dis alors que cela devait avoir une certaine importance puisque la vie onirique se l'est approprié et j'essaie alors de dégager cet élément primordial dans le moment vécu qui lui est associé. Parfois j'y parviens et c'est cohérent parfois c'est tiré par les cheveux. Ce matin les pensées font la sourde oreille et ne se bousculent pas au portillon , je me retrouve bêtement à les attendre, peut-être passent-elles sans se faire remarquer mais dans ce cas-là peuvent-elles être dignes d'intérêt ? Malgré moi, je crois toujours que les pensées importantes ne peuvent pas apparaître sans éveiller ma conscience. Certains matins le réveil se fait sans fondu et le passage de du sommeil à l'état de veille se fait sans cérémonial, je suis alors assailli par un rappel des temps forts de la journée qui précède, pour d'autres, comme aujourd'hui c'est graduel et l'esprit ne s'éclaircit que très progressivement et il faut attendre au moins une heure pour que le débit des cogitations atteignent une vitesse de croisière significative, comme si la pensée n'avait rien de spécial à dire ou se sachant attendue, elle se faisait désirer. Je me dis alors que tous les moments vécus, hier, qui tournaient en boucle, très chargés émotionnellement, semblant vouloir occuper le devant de la scène ad vitam aeternam se sont effacés, ont vidé les lieux pour de nouveaux arrivants et  ne se distinguent aujourd'hui que par leur insignifiance lors de leur évocation. Je suis dans un no mans land désert, entre le vécu de la veille, qui certains jours s'impose avec une force qui semble avoir été décuplée par la nuit de sommeille, et l'aube d'une nouvelle journée à remplir. Il ne faut pas que je me focalise sur ma pensée sinon elle se dérobe, elle n'aime pas se sentir l'objet d'une attention trop soutenue: soit l'esprit pense soit il s'observe et le mixage des deux est une affaire d'alchimie très subtile. C'est lorsque je suis engagé dans les actes du quotidien, qui ne demande pas la mobilisation de toute l'armada mentale qu'elle reprend sa vigueur et inverse les positions c'est à dire que l'activité passe au second plan et les pensées ne s'y rattachant point au premier. Je donne l'air de faire les choses la tête ailleurs.
Si on a des vécus en apparence fascinants qui vous empoignent sur le moment avec une force qui subjugue mais qu'on a pas les mots qui les décrivent, qui les maintiennent vivants dans l'esprit ou plus qui les font ressortir, ils s'échappent comme des riens et il ne reste alors que la trame grossière. C'est en voulant dire mon vécu que je prends conscience de l'importance des mots. Je me rends compte que ce dont j'ai le plus besoin ce sont des mots pour me raconter à moi même mon propre vécu, aussi banal soit-il et peut-être est-ce cette banalité qui le rend aussi retors et insaisissable. Éviter de se dire  il faut que je dise, qui est un non sens, ce qui doit être dit se dit toujours d'une façon ou d'une autre. Un moment de vie aussi insignifiant qu'il apparait peut prendre un éclat époustouflant lorsqu'il est décortiqué dans ses moindres détails; c'est plus ce qu'il en ressort que la situation vécue qui importe. Se savoir capable de porter ce regard acéré sur les événements qui s'écoulent est ce qui rend confiant. Se forger cet esprit qui perçoit en lui les moindres variations rythmiques, les plus infimes changements d'état de son être intérieur c'est ce qui permet de vivre pleinement. Cela ne peut se faire qu'à travers le langage. Mais pour que les mots ne sonnent pas creux ils doivent décrire ce qui est réellement vécu.

Je viens d'entendre des insanités et des blasphèmes venant du marché. Auparavant je me serais permis un jugement de valeur dicté par mon égo qui n'en rate pas une, mais aujourd'hui je me dis que c'est là l'expression d'un ressenti intérieur qui se rattache à un autre égo viscéralement collé à la matérialité des choses, qui s'indigne de ce que ces choses sont ce qu'elles sont.

Compte rendu de sortie :9h 25


A huit heures je me rends à une réunion préparatoire du brevet. Le 31 du mois qui est une date fétiche dans l'inconscient collectif local me permet de voir les stratagèmes mis en place pour baliser le parcours de Rossinante. Un mendiant qui ne vient que très rarement, se trouve sur une rue qui mène à l'immeuble. Passage obligé. Les stimuli repérés lors des innombrables journées de ce type font naître en moi la configuration émotionnelle sujette à l'irrationnel et l'emprise du corps émotionnel est à son comble. Sur le chemin qui me conduit au collège en question je croise un passant qui esquisse un geste semblable à celui que j'ai vu la veille dans une scène violente d'un film. J'arrive devant l'établissement et je vois une multitude de professeurs qui attend sans être rentré à l'intérieur alors que les organisateurs de la réunion sont déjà en place. Je choisis de m'asseoir à la place qui me revient et qui est marqué par une couleur distinctive c'est la première chaise de la troisième rangée, je suis donc perçu comme celui qui bloque le passage au "3". Pour en saisir tout le sens, il faut comprendre quelles connotations, on attribue à one, two, three dans l'inconscient collectif, c'est à dire qui est identifié par chacun de ces numéros. Comme la rangée s'est complétée par la suite et que je libère ma chaise en partant, je deviens celui qui bloque l'entrée mais permet la sortie.  Je vous raconte tout cela parce que c'est en relation avec le ballet qui va se dérouler par la  suite et le premier d'entre eux est un type particulier de fourgons. Je revois exactement ces défilés et j'entends les mêmes commentaires aux mêmes endroits depuis des lustres. L'un d'eux se fait à l'aide d'une personne qui hurle au téléphone: "Bonjour, ballon !". Vous devinez qui est le ballon sur qui on tape.  Un peu plus loin je suis arrêté par un aveugle assis sur la bordure du trottoir qui me salue, je lui demande  si je peux l'aider, il me demande alors  une pièce de cent dinars que je lui remets. J'achète mon pain et je me rends au marché en passant par la rue où sont assis des mendiants et à qui je donne une pièce. Je longe les voitures en stationnement d'une rue et je remarque sur ma gauche une voiture avec un sabot, je la dépasse puis répondant à une pulsion je fais demi-tour et je choisis un autre chemin pour aller au marché. A un endroit ou j'ai l'habitude d'entendre ce commentaire "Tu es encore petit" lancé par un des guetteurs, c'est exactement le même que j'entends aujourd'hui. Et aux mêmes endroits du marché, j'entends exactement les commentaires de toutes les fois précédentes: "même un âne trouverait la solution". Ah, oui j'oubliais les polos me désignant le tiercé gagnant sur lesquels mon esprit s'appesantit aussi. Voilà donc le résultat des courses. Toutes ces perceptions sensorielles assimilables à des excitations du corps  émotionnel se déroulent à des dates précises. Quand j'analyse toutes les phrases que mon esprit a collecté au cours de cette équipée solitaire je constate qu'elles présentent toutes les mêmes sous entendus et les mêmes présupposés et elles entrent en résonnance avec le même désir inconscient, tendent toutes à faire acréditer l'idée d'être engagé dans une bataille imaginaire contre un adversaire bien réel. C'est comme si l'imaginaire des autres ou autre chose essayait de forcer un passage dans votre esprit pour s'imposer à votre conscience comme une force surnaturelle. Pendant tout le temps ou j'essayais de me remémorer les faits marquants je ressentais l'écho de toutes ces excitations sous forme d'émotions se rattachant à des pensées non formulées de manière consciente mais générées par les stimuli perçus.

Vendredi 1er juin 2012: 3h 10

Depuis quelque temps je me réveille autour des 3 heures, je me suis calé sur cette heure. Je commence par écouter les battements de mon coeur, ils me renseignent sur le niveau d'agitation qui est le mien juste lorsque je sors du sommeil et je peux alors savoir si la nuit m'a permis de bien récupérer, en évacuant tous les éléments anxiogènes que j'ai accumulés  au cours de la journée d'hier. Ensuite, je remonte à la surface de ma conscience le souvenir de certaines situations ressenties comme les plus stressantes de la veille et je mesure leur niveau de virulence, de sentir en moi si elles provoquent les mêmes emballements de la pensée qui embrayent sur les scénarios mentaux  est un indicateur de la récupération des 24 heures du Mans de la journée précédente. Je me sens plutôt serein mais pas trop quand même car en cherchant mes mots pour épandre mes états d'âme intérieurs je m'aperçois que j'ai repoussé l'un d'eux non pas en raison de son manque de justesse mais pour la fallacieuse raison qu'il faisait un lien avec une construction mentale déplaisante et angoissante bien ancrée dans mon esprit et dont j'ai voulu éviter le souvenir. Cette irruption d'une peur inconsciente dans le cours de la pensée, qui si elle était totalement tranquille en serait exempte, m'informe de la météo réelle de mon subconscient. Je découvre que c'est le mécanisme par lequel des éléments inconscients, désirs, peurs, croyances dévient le cheminement mental. Il faut que je reste à l'affut pour les débusquer et cela exige une lucidité de chaque instant car c'est encore loin d'être un automatisme. Celui qui s'est astreint à cet effort de lucidité depuis longue date doit le faire presque machinalement et la finesse de sa perception ne doit que s'accroitre. Je sais que si je suis sous l'effet de tels éléments inconscients qui incitent à éviter de faire ressurgir dans la conscience ce qui est porteur d'angoisse,  c'est que je ne suis pas totalement rassuré. Et qu'il y a dans le subconscient des éléments anxiogènes qui n'attendent que l'occasion d'émerger dans la conscience. Alors qu'une bonne nuit de sommeille libère le subconscient de ces éléments là. Un des travers qui influe directement sur mon comportement vient de ce que je me bloque lorsque je suis amené à faire des choix sur des choses vraiment insignifiantes et d'expérience je peux vous dire que des choix dont l'esprit ne devrait même pas prendre conscience et qui devraient se faire machinalement il y en a pléthore. C'est un dysfonctionnement qui est apparu au cours des dernières années. Là ou mon esprit auparavant glissait dessus sans s'appesantir est devenu l'objet de constructions mentales toujours plus complexes et je me retrouve à m'interroger sur des futilités comme si l'avenir de tout mon être en dépendait. Lorsque vous élaborez ce types de constructions mentales, qui surgissent à tout instant, vous épuisez votre énergie psychique, vous mobilisez toute les ressources mentales, c'est sans fin et cela devient compulsif, et vous passez pour un maniaque aux yeux des autres.  En faisant ressurgir les premiers souvenirs liés à ce comportement je peux revoir très clairement comment il s'est insinué en moi et comment il a pris de l'ampleur. Je pense que le meilleur moyen pour détraquer la mécanique du déroulement des processus mentaux c'est d'amener la conscience à faire une fixation sur ces instants-là en s'interrogeant à leur propos. Maintenant le plus intéressant c'est d'établir quelles sont les croyances inconscientes qui sont à l'origine d'un tel comportement , comment elles se sont impantées dans le cerveau, c'est à dire le conditionnement ou l'exposition qui sont derrière tout cela.

16h 20:

Ce matin je suis parti pour donner un cours particulier mais il n'y avait personne au domicile de l'élève. Je reviens donc chez moi. Quelques perceptions ont attiré mon attention et je me suis surpris à les interprétées; lorsque mon esprit se fixe sur un élément visuel plutôt qu'un autre pour l'interpréter en dehors du sens que ma rationalité consciente fait apparaître c'est plutôt qu'il fait lien avec les préoccupations intérieures et inconscientes si la nature de cet élément n'a en elle même rien pour susciter une telle dépense d'énergie mentale. Tout au long de la matinée j'ai ressenti comme une angoisse très légère mais qui n'était pas présente au réveil et qui a disparu l'après midi après une sieste de 2 heures. A quoi peut-on corréler  ce sentiment diffus ? Certainement aux éléments perçus ou vécus avant son apparition. Sa disparition après le sommeil révèle un nature inconsciente des sources. Depuis quelques jours certains symptômes physiques ont fait leur apparition. En plus des insomnies du petit matin liées aux difficulté de réendormissement, j'ai des gencives qui saignent, comme si elles regorgeaient de sang avec une légère douleur lorsqu'on exerce une pression sur elles. Certes mon régime alimentaire a connu un chamboulement depuis une semaine mais comme ce sont exactement les mêmes symptômes qui se déploient après des vécus comme celui de la journée du 31, permettez-moi de faire des corrélations vu que c'est la énième fois que cela arrive dans exactement les mêmes circonstances. Bien sur je ne vous rappelle pas  l'omniprésence des yeux rouges. Quand on est à l'écoute de son corps on peut faire un lien entre les variations de son être intérieur et celles de son corps physique. Un état psychique persistant qui survient et qui coïncide avec un ressenti de son corps physique lui même modifié oblige a une mise en relation des deux occurrences et d'identifier le premier par le ressenti du deuxième et  même permet de l'anticiper voir d'en prendre conscience et surtout d'en déceler les plus infimes variations. Le sentiment de quiétude se conjugue avec un ressenti du corps bien  identifié. Depuis le temps qu'on vit ensemble on a fini par se connaître de façon intime ! Inversement, l'anxiété diffuse qui ne peut se rattacher à aucun événement extérieur ou vécu tangible trouve son explication dans les perceptions subliminales que l'esprit a enregisté et classifié dans le registre des éléments potentiellement menaçants et il diffuse alors sous forme hormonales un messsage d'anxiété à la partie consciente pour qu'elle agisse en conséquence. Lorsque cette peur diffuse disparait pendant le sommeil on est en droit de s'interroger sur la nature symbolique du message contenu dans les perceptions diurnes à l'origine de tout ce ramdam.

Samedi 2 juin 2012:  6h 12

Peut-on se sentir prisonnier de ses propres pensées lorsqu’on n’a pas les mots justes pour se les dire ? Une pensée qui n’a pas été verbalisée de façon limpide se dissipe-t-elle pour n’être plus rien puisque seule la clarté dans les mots lui permettra de s’articuler et de prendre sa place dans notre représentation du monde qui évolue par ces nouvelles intégrations ou reste-t-elle là à errer et à faire des tentatives pour s’extraire du chaos intérieur ? L’impossibilité de se dire peut-elle se dépasser dans le dire des autres ayant déjà résolu  cette impasse? Je le pense mais reste à trouver ces autres qui se sont interrogés sur les mêmes questions que vous ce qui est loin d’être aisé. Vous me direz c’est une question de temps et de hasard des rencontres. Que peut faire une pensée qui n’a pas trouvé sa sortie dans des mots si ce n’est de hanter l’esprit de celui qui l’héberge ? Ne pas faire ce travail essentiel de mettre en mots ce qui nous habite nous entraine à renforcer le pli de la superficialité, à avoir une attention très instable et volatile qui ne sait pas prendre le temps nécessaire pour bien se dire les choses, son vécu, son sentiment intérieur. On prend alors l’habitude de ne plus se parler, on s’évite intérieurement en allant s’enivrer du monde extérieur croyant y trouver la réponse à notre mal-être mais il n’est pas d’un grand secours car il nous apparait souvent tissé dans la même superficialité ou plutôt la  notre ne peut nous faire voir que son pareil. Ou alors sommes-nous dans l’incapacité de dire et lire l’autre tout autant que nous même ? On se jette alors dans une fuite dans le temps et les rares moments où l’on se pose ne servent qu’à mieux la ressentir et repartir de plus belle. C’est une fuite dans laquelle on se satisfait de l’écume des choses, de son être qui, lui, finit par étouffer de ne pouvoir se dire à lui même. Pourquoi ai-je ce besoin de dire mon être dans des mots et de ne pas vivre dans le ressentir simplement ? Parce qu’alors j’ai l’impression qu’il lui manque la trace que laisse le vécu lorsqu’il est entier. Je l’ai tant ignoré qu’il a fini par se rebeller et trouver sa propre voie celle du symbolique diurne. La conscience ne se parle qu’à travers les mots, leur signification et leur relation dans la réalité  perçus par le filtre de l’inconscient dont les éléments de langage sont les symboles. Ils parlent des langues différentes mais ils doivent communiquer entre eux sinon c’est un rapport de force qui s’installe en faveur de l’inconscient. Je me demande si à être dans le brain storming des messages subliminaux de la publicité et d’autres on ne se déroute pas le sujet de l’inconscient. Une source symbolique centrée dans notre être intérieur cela se conçoit mais les multiplier à l’extérieur de l’être, est-ce innocent et sans conséquence ? Notre inconscient qui se retrouve à communiquer avec la concurrence reste-t-il lui même ou passe-t-il sous leur dépendance et se met-il à réagir de manière artificielle au gré de leurs rencontres d’où ces changements intérieurs que l’on ressent sans pouvoir se les expliquer par un vécu conscient. Éveiller sans relâche des instincts enfouis, des désirs profonds, des peurs de l’inconscient par l’exposition à des images et des sons manipulés dans cette intention n’exacerbe-t-il pas notre réactivité à leur encontre et ne détourne-t-il pas de la fonction première du symbolique qui est la régulation de notre être intérieur dans un équilibre harmonieux. Là j’ai nettement l’impression de parler comme un gourou.

22h 30 Cuisines et dépendance

Ce matin ma connexion internet a fait des siennes en voulant me distiller un message de rébellion par un comportement des plus aléatoire: dans un premier temps elle s’effectue comme à son habitude mais les pages web se refusent à tout affichage: un connexion sans page comme cela m’est arrivé une fois auparavant et que les mêmes causes produisent les mêmes effets j’éteins l’ordinateur et je le rallume. Tout rentre dans l’ordre. Mais ce soir rebelote, donc je refais la même chose mais cette fois niet ! Elle s’enferme dans un mutisme obstiné et semble obéir à des injonctions paradoxales pour ne pas dire paranormales. Faut vous dire que chez ces connexions là on a ses jours comme tout le monde. Petit historique des événements à l’intention des férus de la chose informatique qui n’y verront que l’effet du binaire conjugué à la logique floue des tuyauteries récalcitrantes ou « manigancière », c’est selon le point de vue que l’on a et les tendances de sa personnalité. En lançant une recherche google pour trouver des sites organisant des concours pour écrivain en herbe  je me rends sur une page web qui je le sens va provoquer l’ire feinte pour mettre en branle le dispositif des cabales d’usage en pareil cas par la force occulte qui surveille tous mes butinages ou surtout renforcer ce sentiment. Une présence furtive se signale à moi et semble vouloir maintenir en vie et même développer ce sentiment de persécution biotechnologique. Bref, la machine s’est mise à renâcler, je me suis dit allons voir l’environnement procédural du gestionnaire des tâches et là mes certitudes se confirment la charge dédiée s’est emballée brutalement ce qui signifie qu’une multitude d’exécutables se sont lancés a l’assaut de je ne sais quelle citadelle. Cela évidemment ralentit fortement ma bécane. Comme si on  détournait ses ressources à des fins non avouées. J’éteins le modem et j’essaie d’arrêter ces processus mais ils s’entêtent et je découvre un processus que je ne vois que dans les grandes occasion DUMP.EXE qui me semblent dédier aux tâches inavouables.D’autre part au moment de l’extinction des feux,  une boite de dialogue m’informe que des fichiers PDF que je n’ai jamais lancés demande un rabe de temps. Bref, après cela pour me châtier plus de pages web pour consigner mon néant.

Dimanche 3 juin 2012: 4h 45


J’arrive à reconstituer un rêve avant que mes pensées ne l’aie irrémédiablement effacé de ma mémoire. Il évoque clairement certaines de mes préoccupations du moment en scénarisant une situation professionnelle à la  cuisine onirique où certains sentiments éprouvés durant la journée y sont remodelés et explicités sous formes de situations vécues par des personnages dont moi qui suis au cœur des intrigues relatées. Maintenant je me suis mis à repenser aux incidents de la veille concernant la connexion internet. Certains petits faits anodins ont le don de capter toutes les ressources de ma pensée: il suffit qu’un fait se présente à moi de façon intrigante pour que j’enfourche la monture de la paranoïa et alors là, ma pensée est ligotée pour un temps car elle ne peut se détacher de l’interprétation à péripéties de l’événement, elle n’a aucun recul, je me sens le nez dans le guidon en train de pédaler comme un dératé. Elle s’enferme alors dans la trame tissée par l’égo qui a pris le relai et comme toujours se drape de sentiments et d’émotions dont la sincérité ne peut être remise en question. A-t-on jamais parlé de fausses émotions ? A mon avis, oui, si la perception à l’origine est interprétée par le filtre des croyances inconscientes. Le nouveau déguisement de l’égo lui permet donc de faire naître les émotions et les sentiments qui identifie tout votre être à lui et je me rends compte que ma pensée qui fait une fixation sur cet incident se détourne de l’être intérieur et seul le monde de l’autre vit en moi, il semble vouloir s’acharner à être le seul sous l’éclairage de mon attention. Les autres parviennent alors à s’imposer dans le cours de ma pensée et font surgir des constructions mentales auxquelles mes réactions de types paranoïaques permettent de se pérenniser, milieu dans lequel l’égo nage comme un poisson dans l’eau. En effet il vous fait paraître d’une importance capitale car en vous persuadant qu’un ensemble de forces obscures, de moyens, une logistique sans limite se mobilisent contre votre petite personne c’est bien que vous êtes plus que vous ne paraissez d’où l’attachement inconscient à ce qui nous fait souffrir: permettre à l’égo de se renouveler indéfiniment. Je devrais les prendre comme des exercices mentaux pour apprendre à ne pas menotter ma propre pensée à des événements quelque soit leur pouvoir d’attraction. Il n’y a pas de changement en soi  si on produit les mêmes réactions devant les pièges tendus par l’égo et à mon avis on revit ces situations tant qu’on a les mêmes réactions parce qu’on a gardé un point de vue identique étant donné que nous sommes sous l’emprise des mêmes croyances inconscientes générant les mêmes émotions qui nous conduisent aux mêmes interprétations. Je m’aperçois que toutes les situations vécues qui provoquent en moi la moindre émotions ou  décharge d’adrénaline sont mise en relation avec le grand puzzle de ma représentation du monde et en deviennent une pièce. Quand je dis réagir je parle d’abord du premier temps fort du processus qui est l’interprétation sous l’emprise d’une émotion issue d’une croyance inconsciente. Attribuer à ses actes personnels insignifiants une interprétation  à l’échelle de la cosmogonie de l’univers a toujours pour point de départ une petite décharge d’adrénaline produite par une mise en relation qui fait ressortir des points de coïncidence troublants. Ces petites pointes d’émotion semblent comme des rappels à l’ordre de l’être intérieur qui se signale sa propre existence par ces petites montées d’adrénaline qu’il s’octroie régulièrement comme les battements d’un métronome. Pourquoi se ressentir ? Ou est-ce lié à l’état d’un esprit qui étant blasé de ses propres perceptions se détache trop de la réalité matérielle de laquelle il croit ne plus pouvoir rien apprendre et c’est alors l’être intérieur qui en vient à des subterfuges comme les illusions pour s’éprouver lui même. Ou bien une sorte d’anthropomorphisme du cosmos dans lequel on a mis tous les éléments de sa culture. En fait on a tellement peu de maitrise sur ses émotions et ce qui donne naissance à  des changements  de son être intérieur qu’on se sent prêt à s’en remettre à n’importe quel signe extérieur. Un égo qui ne trouve pas satisfaction dans la réalité peut se nourrir d’illusions librement consenties vu que lui même c’est une illusion de la pensée qui se regarde.


Lundi 4 juin 2012 : 6h puis 8h 30

Mon esprit semble calme comme une mer sans vent ou seul le clapotis léger attire une attention somnolente. Aucun élément n'a assez de puissance en soi pour faire naître un mouvement durable. De l'intérieur, rien de houleux en perspective n'est à attendre. Seule une perception réelle ou illusoire raclant les fonds peut faire remonter quelque chose qui va venir troubler ce calme plat. Je suis curieux de voir à partie de quelle pensée et comment les éléments vont pouvoir se déchainer. Lorsqu'on se sent comme ça on imagine que rien ne peut nous faire sortir de cette torpeur mais le souvenir d'expériences antérieures vient vite contredire cette pensée. Ce sont des moments dans lesquels je suis en attente du petit grain de sable qui vient dire de façon allusive, pour maintenir l'emprise, attention les autres sont là à en avoir à ton néant. Mais aujourd'hui je me suis réveillé avec le sentiment profond de faire partie du tout, alors que lors des petits matins agités je me sens d'emblée détaché et en nette opposition à ce tout. Je sais qu'il suffit d'un rien pour que la mécanique de la séparation s'embraye et se mette en action. J'ai envie de percevoir cet événement insignifiant qui va initier ce travail de sape pour transformer le sentiment présent, de faire un avec les autres en son contraire c'est à dire d'être deux et dans un rapport frontal. Il s'agit donc de vivre dans l'unité avec le monde ou dans la dualité. Voici la pensée d'arrière plan qui s'installe de façon durable pour colorer tout le paysage mental et lui imposer sa dominante. Elle détermine alors le point de vue, elle fait que toutes les perceptions du monde extérieur qui nous arrivent sont attendues et reçues avec méfiance et ne font qu'accentuer la tension intérieure. Mais pourquoi est-ce ce sentiment qui sort toujours vainqueur et qui s'impose durablement ? Peut être parce qu'il suffit à l'esprit d'aller puiser dans la boite à souvenir et que tous les éléments qui y sont stockés ces derniers temps vont dans ce sens. Si les vécus en mémoire se rejoignent tous sur ce plan il parait impossible de se sortir de cette nasse. On voit qu'il est très aisé d'en arriver à s'enfermer dans une boucle. Mais en avoir conscience n'est-ce pas déjà en sortir par une sorte de spirale dynamique ascendant. On dit que chaque souvenir que la conscience fait ressurgir est modifié à tout jamais. On peut alors supposer qu'il suffit de se réapproprier tous les souvenirs aliénants en opérant une relecture qui supprimera cette faculté. Au moment d'agir de façon aliénante il faut bien s'appuyer sur un modèle de réaction qui se trouve en mémoire, qui lui même fait lien avec une pensée aliénante.

Une attente qui n'est pas déçue:

Je sors et les premières mises en condition se mettent en place. Je vous rappelle ce que je voudrais observer: comment j'évolue du sentiment d'unité avec le monde à celui de dualité où je me perçois en lutte sourde contre lui où certaines de ses forces mais qui me font glisser vers une généralisation. Je remonte la rue qui longe notre immeuble et je vois que le mendiant qui n'a pas coutume d'être là lorsque je prends le chemin du collège est en place. C'est la deuxième fois qu'il est ici cette année. A mon retour, cinquante minutes plus tard il n'est plus là. Je lui donne une pièce. Tout en me disant cela j'essaie de ressentir ce que provoque en moi ces pensées qui se rattachent fortement aux expériences vécues précédemment. Il est évident que cette présence ravive des souvenirs de lutte, un sentiment de harcèlement très vif, et alors l'esprit met en place sournoisement le sentiment de dualité qui se traduit par une certaine sensation d'être sur le qui vive et la sérénité qui fait place à une attente interrogative. J'arrive au lycée où je dois surveiller les  candidats au baccalauréat. Je ne suis pas inscrit au tableau des surveillances. En ressortant du lycée je me rappelle à moi même, comme par besoin de le renforcer ou par crainte de m'oublier, la mission à laquelle je dois m'astreindre et tenter de surprendre toutes les perceptions qui installent et fortifient le sentiment de dualité en faisant ressurgir de la mémoire des souvenirs imprégnés de cette toile de fond. Je repasse devant les lampadaires qui ont été la cause de la mise en action d'un réseau de l'ombre spécialisé dans la cuisine euphorique qui fait chuter les dents. C'est ce que je me dis à ce moment là.  Plus loin en passant devant une vitrine de pâtisseries, je remarque qu'il s'agit aussi d'une boulangerie alors j'y achète mon pain en me disant que je vais changer pour voir si ce pain n'est pas meilleur que celui que j'ai l'habitude d'acheter. Quelques instants plus tard je ressens une petite pointe d'anxiété sous la forme d'une légère décharge d'adrénaline. Immédiatement, je farfouille dans la mémoire de travail avant que ça ne disparaisse à tout jamais pour trouver la pensée à l'origine de cette émotion. Et comme à l'accoutumée une pensée superstitieuse selon laquelle je n'aurais jamais dû changer mes habitudes et que je commets là une erreur fatale, en est la source mais avec une discrétion totale. Je me dis alors que si je n'arrive pas à changer quoi que se soit dans ma vie, la cause en est cette construction mentale qui fait naître une émotion chargée d'anxiété chaque fois que je modifie une habitude. Donc, par réflexe, pour éviter de telles sanctions hormonales je dois me convaincre intérieurement d'éviter tout stress lié au changement des habitudes. Je me vois alors comme le chien de Pavlov qu'on conditionne avec des sonneries ou des lampes qui s'allument mais pour moi se sont mes propres décharges d'adrénaline qui me guident dans mes comportements les plus banals. Je continue ma route et une nouvelle fois je décide de changer une habitude bien ancrée pour mettre à  l'épreuve  ma nouvelle découverte. Au lieu de prendre le chemin de retour habituel, en passant par la rue des mendiants, je passe par une autre rue dans laquelle je croise un passant qui semble me faire signe en se mettant le majeur gauche dans l’œil gauche, du moins je le ressens ainsi puisque mon esprit à juger opportun de s'y arrêter. Or c'est un geste très connoté localement, qui semble vouloir dire, tu vas te mettre un certain doigt dans un certain œil. Oh! surprise un mendiant de la rue du même nom a eu l'idée saugrenue de venir se positionner ici comme pour m'attendre et pour corser le tout il s'est mis dans une position étrange pour moi car il est sur la bordure externe du trottoir celle qui est contiguë à la rue. Je passe et je donne une pièce. Tiens, un autre passant qui se met ostensiblement le pouce dans le nez comme pour me signifier qu'en donnant la pièce je passe du majeur dans l’œil au pouce dans le nez. Des gestes vus et revus sous tous les angles et toutes les coutures, à l'identique dans des situations similaires, avec un enchainement de passants qui ont les mêmes gestes, c'est ce qu'on pourrait appeler avec un certain humour une sensation de déjà vécu. Quelques pas plus loin, mon regard est attiré par une petite chaussure de bébé abandonnée sur le bord du trottoir, vous me direz il n'y avait que ça qui sortait de l'ordinaire pour obligatoirement se fixer dessus. Tout de suite après je croise un homme qui tient un bébé dans ses bras. Maintenant faut vous dire que je les avais croisés deux jours plus tôt et qu'alors le père demandait à son bébé : "Il est où le ballon ?". Et pour clore ce ballet, au dos d'un polo en noir et blanc, un 23 conquérant du néant!

Curieux phénomène, en voulant sauvegarder la dernière phrase de mon texte tout ce que j'avais saisi aujourd'hui s'est trouvé effacé. Heureusement que le buffer du copier/coller contenait encore la saisie ! Pourtant tout avait été sauvegardé à maintes reprises exceptée la dernière phrase. Étrange comme c'est étrange. Vous avez dit étrange...

Mardi 5 juin 2012: 6h 25 puis 8h 40

Depuis quelque temps, je fais de longues nuits, relativement à la période qui vient de précédé. Les rêves de la nuit sont encore présents et j’essaie machinalement de les relier aux vécus enregistrés en mémoire. Sans grande conviction, parce que, en même temps je me dis que voilà une opération effectuée depuis tout temps mais que rien n’a fondamentalement changé même si dans mon for intérieur je sais que le changement dans sa personnalité ne peut se faire que dans le temps et par une lucidité de tous les instants. Certains matins, c’est la vision pessimiste qui a le dessus. On a pas toujours conscience de ce point de vue et alors il perdure et influence sensiblement l’interprétation de ce qui est vécu. Le côté défaitiste s’est amorcé au détour d’une information reçue par les média qui pourtant n’a pas de rapport personnel intime mais à qui j’ai rattaché ce caractère par des constructions mentales totalement fondées sur l’irrationnel car toujours interprétée sous le filtre de l’émotion. Donc j’arrive toujours à trouver les raisons pour la considérer comme une pièce de mon puzzle intérieur. Un bruit venu de l’extérieur vient de détourner mon attention, sa force d’attraction, résulte comme toujours, de ce qu’il fait sens avec une construction antérieure élaborée dans l’émotion. Aussitôt, le lien établi, je me mets à rassembler tous les faits gardés en mémoire   qui s’y rattachent. Cette recherche est automatique, dans le premier temps qui suit la perception et elle est concomitante de l’émotion qu’elle fait naître et amplifier par les éléments qu’elle fait ressortir de la mémoire. Par suite, la première récolte de cette recherche en mémoire c’est l’émotion associée au souvenir de la construction. Comme elle est  déplaisante, elle donne naissance à un état intérieur anxieux ; je m’attèle alors à une nouvelle construction mentale soit pour m’en détourné avec de fallacieux prétextes qui ne vont pas à la source, c’est à dire les croyances profondes auxquelles elle se rattache, soit pour interpréter différemment les souvenirs remontés à la surface et par une sorte de déconstruction dans laquelle je revisite les relations logiques établies et me démontrer ainsi leur vacuité et leur irrationalité. Mais, l’expérience m’a montré que le nouveau réseau de significations construit dans la rationalité ne vient pas se superposer à l’ancien fondé sur l’irrationnel et l’écraser pour le faire disparaître à jamais mais plutôt cohabiter et selon l’état émotionnel général se sera l’un ou l’autre qui prendra le dessus lors de l’excitation. Souvent c’est le circuit irrationnel qui s’affirme le premier justement parce qu’il fait lien à une émotion et donc une énergie psychique plus forte que la pensée rationnelle dans les moments de relâchement de la lucidité. Si je suis sous l’emprise de l’émotion, c’est évidemment l construction émotionnelle qui s’imposera, pouvant même aller jusqu’à empêcher la construction rationnelle d’émerger dans une sorte d’oubli. En général, la construction émotionnelle s’est faite autour d’un élément perceptif et qui par sa seule apparition dans l’environnement provoque la décharge d’adrénaline. D’où les comportements d’évitement de toutes les situations potentiellement porteuses de ces stimuli, qui vont en découler. En relisant mes notes, je peux reprendre le fil de ma pensée à l’endroit qui précède la longue digression suscitée par le bruit perçu et je disais alors qu’une information issue d’un média pouvait induire, chez moi, un état intérieur anxieux. Comment puis-je être sûr de cela vu que ce dernier ne s’établit qu’après un temps qui l’éloigne considérablement de la perception qui est à son origine ? Tout simplement en pointant la thématique des idées qui me tracassent et de constater alors qu’elles appartiennent toutes à un bloc monolithique commun qui a été mis en branle par l’information en question. Et pour preuve en écrivant cela, je sens cet état anxieux se déliter. C’est souvent ainsi, lorsque je retrouve l’élément perçu à l’origine de mon état émotionnel cela efface ce dernier. J’ai l’impression d’être devenu mon propre objet d’étude. La sortie de ce matin, apporte une preuve expérimentale aux déductions faites dans la digression de tout à l’heure. La rencontre d’éléments se rattachant à d’anciennes constructions ne fait remonter que des émotions lorsqu’elles n’ont pas été déconstruites rationnellement. De plus lorsqu’ils se succèdent dans un temps rapproché, le nouveau stimuli survient au moment où le précédent est encore très actif et de ce fait c’est comme si ces perceptions voulaient embraser tout le dispositif mental pour lui faire perdre toute lucidité et tout recul sur son propre fonctionnement. J’ai l’impression de devoir endiguer des assauts incessants du décor perceptif. Un élément, déjà entendu par le passé et faisant référence à la mise en place d’une nouvelle stratégie a ressurgi et donc ce matin je me suis surpris à guetter des nouveautés sur le parcours et j’ai été gâté. En plus des anciens vétérans, sous les effets de cette croyance  de nouveaux lance-flammes s’essaient à l’aventure. Je remarque par ailleurs qu’ils font tous lien avec une forme de superstition et essaient d’éveiller ou de mettre en action de telles croyances. Lorsqu’ils y parviennent on se sent alors sous l’emprise d’une force qui paralyse le mental ou seul la peur dicte la conduite et notre rationalité à ce moment là nous apparait dérisoire et ridiculement faiblarde, pourtant c’est elle seule qui peut stopper l’embrasement généralisé par sa simple présence comme le roseau d’une certaine fable.

Mercredi 6 juin 2012: 6h 14

Mon attention s’arrête sur les bruits extérieurs des vendeurs du marché qui installent leurs étalages mais rien d’enthousiasmant à l’horizon. Je les ai tellement entendus qu’ils semblent vidés de toute substance. Je regarde ma chambre, c’est le même constat. C’est comme si tout ce qui m’entoure ne présente aucune aspérité, pas le moindre détail sur lequel je puisse enfermer l’intellect dans des mises en relations. Faute d’extérieur, je me rabats sur moi et j’essaie alors de me décrire par des mots mon sentiment intérieur, à cet instant il est indécis alors qu’il y a peu flottait en moi une légère irritabilité; par une interrogation sur l’origine je découvre que c’est ce travail d’écriture que j’ai ressenti un peu comme une corvée car je m’inquiétais de savoir si j’aurais quelque chose à dire. Je me suis vite rassuré en comprenant qu’aucune obligation ne m’entrave et que seul le plaisir que j’éprouve est présent. Une comparaison me vient à l’esprit, celle du sportif qui a du mal à démarrer son entrainement mais qui une fois entamé en ressent un vif plaisir. C’est un trait de caractère chez moi , celui de ressentir comme une contrainte, une activité que j’effectue de façon régulière. La répétition émousse vite l’intérêt qui doit trouver les ressources pour se maintenir par des pensées motivantes. L’idée aberrante qu’une activité journalière entrave ma liberté et le sentiment qui en découle sont aussi une des raison de se ressenti qui s’est installé pernicieusement dans le moment qui précède la mise en route de l’écriture. Changement de cap de la pensée qui se cherche vainement dans le monde extérieur et n’arrive pas à se poser. Ce sont alors des va-et-vient entre les deux mondes, rapides et infructueux en attendant que surgisse un sujet qui la captive. L’alchimie entre s’écrire et s’observer ne s’est pas encore faite. Le regard inquisiteur de la pensée sur la pensée qui pense est trop présent et l’empêche de se déployer de façon naturelle. Souvent, ce sont les relectures de mes écrits qui débroussaillent de nouvelles pistes intéressantes. Ces moments où la pensée se cherche semble suspendus dans le temps et le ralentissent considérablement. Le mot temps vient d’éveiller en moi d’anciennes pensées fortement chargées en émotions mais je décide, pour je ne sais quelle raison de ne pas approfondir. Plutôt si je sais, j’ai envie de maintenir cet état de flottement de la pensée, de me dire cette illusion que j’en suis maître pour une fois, comme le cavalier sur sa monture  qui décide de l’itinéraire. Il faut que l’observation de soi s’éclipse entièrement, que la pensée s’oublie en elle-même, qu’elle se sente libre de toute entrave pour qu’elle s’abandonne pleinement dans la réflexion de façon naturelle. Puis alors se repasser le contenu qui en a émergé pour pouvoir l’écrire. Lorsque je me promène dans les rues, c’est l’inverse qui se produit, les perceptions du monde extérieur sont tellement envahissantes que la pensée prend elle seule l’initiative avec une perte du recul sur elle-même qui aurait permis d’anticiper les directions à prendre et je suis plus dans le réagir que l’introspection. Ce processus de la pensée seconde qui s’observe se trouve désarticuler et sous l’emprise de l’égo qui me matraque alors de ses fausses interprétations, de ses jugements de valeur, de ses comparaisons et de toutes les constructions qu’il a élaboré grâce à l’assoupissement de la lucidité. C’est comme si la charge psychique avait atteint ses limites, accaparée par les perceptions venues du dehors. Pour garder la maitrise je dois filtrer toutes les pensées qui me traversent l’esprit de peur que l’une d’elles, par l’émotion dont elle est porteuse, ne l’emballe par une identification à l’égo. Mais c’est une posture impossible à tenir en permanence car elle suppose une lucidité sans relâche. Une des surveillante de la salle où je me trouve prend un soin méticuleux à hachurer le demi cercle représentant la première demi-heure dans les deux sens. Au delà de cette représentation du temps écoulé, je me demande quel est son contenu , soit une attente fébrile parce que nos pensées refusent à se plier à ce moment présent subit comme un emprisonnement, il ne restera alors qu’un sentiment de frustration, d’impatience et d’ennui. Soit au contraire, un moment vécu rempli de découvertes sur soi par une simple observation de ce qui se déroule à l’intérieur de mon esprit. J’essaie alors de me couler dans le deuxième moule. Contrairement à la  première journée de surveillance, les surveillantes présentes dans la salle semble ne pas pouvoir tenir en place.  Certaines coïncidences d’éléments perçus de façon aléatoire depuis mon arrivée au lycée, parce qu’ils renvoient à la même interprétation, éveillent ma curiosité. Je n’accepte pas l’idée de hasard lorsque des détails perçus convergent tous vers la même idée. Dès que je me figure, souvent faussement, que les personnes présentes autour de moi m’observe ma pensée se trouble et elle me parait bridée. A ce moment là, le besoin de paraître s’impose à ma volonté pour le contraindre dans un comportement emprunté et totalement dénué de naturel. De plus, paraître ce que j’imagine que les autres veulent que je sois. Est-ce que le fait de penser des chose qui s’avèrent souvent fausses enferme-t-il la pensée dans un mouvement réflexif sur elle-même?  Peut-on avoir peur de ses propres pensées lorsqu’on prend conscience du pouvoir qu’elles ont sur nos états intérieurs ?  La crainte réside dans l’idée de se trouver incapable de faire remonter la pensée qui est à l’origine du mal-être ressenti ou de se fourvoyer dans des pensées superficielles. Le questionnement de l’intellect est incessant, il a besoin de s’accrocher à quelque chose, il n’arrive pas à suspendre son mouvement. A la moindre variation dans l’environnement perceptif, il bondit pour s’en saisir et fuir dans des constructions mentales. Il fait feu de tous bois, tout ce qui à ses yeux n’est pas sa norme fait surgir une rafale d’interrogations et d’interprétations. A défaut de percevoir du concret, il s’illusionne dans des perceptions qui lui évoque vaguement une de ses anciennes constructions et le voilà déjà parti ! Enfin, il trouve quoi faire figurer sur son tableau de chasse: la surveillante en chef, alors que je n’ai rien demandé m’apporte des copies à signer et au moment de les tendre, elle se déchausse le pied.

Jeudi 7 juin 2012: 6h 22

Beaucoup de rêves au cours de cette nuit. Je me lève assez dispos. je me tâte intérieurement pour deviner la présence de l'espèce d'oppression  légère qui est apparue hier après-midi pour ne plus me quitter de la soirée mais mon espace mental a balayé au cours de la nuit le champ de météorites qui provoquent ces sensations physiques désagréables. Dans une nuit pleines de rêves réparateurs, la chirurgie symbolique désintègre ces agrégats qui tourmentent uniquement par leur présence. Exactement comme hier, je m'attarde sur les bruits venus de l'extérieur de la maison, à la recherche d'une amorce, c'est devenu presque machinal. Tout autant que la veille, il ne suggèrent rien d'euphorique.  Ces bruits métalliques, ces répliques tronquées échangées par les camelots devenus au fil du temps de véritables boutiquiers, ces bruits de conversation lointaines, qu'installent-ils comme réactions dans mon esprit que je n'arrivent même plus à ressentir. La répétition quotidienne de cette scène doit certainement me guider dans les mêmes cheminements de la pensée, à reprendre exactement les mêmes routes dont les paysages vus et revus tant de fois qu'ils en deviennent inexistants à mon attention et m'amène obligatoirement à me redire ce que je me suis dit un millier de fois. Comment imaginer de l'inconnu quand on est cerné de toutes parts par les mêmes perceptions sensitives ?  Au tout début de l'installation du marché des pensées de colère, d'irritation, d'indignation devant le laisser-faire de l'autorité publique, de rejet, d'animosité, de désir de fuite, de ras le bol, d'agressivité, se faisaient jour régulièrement dans ma tête à ce propos. C'était même un sujet de conversation. Puis plus rien. Sa présence, tous les matins, est devenu semblable à celle du ciel au dessus de nos têtes. Il ne viendrait à l'idée de personne de se rebeller contre la présence du ciel ou des nuages. Je ne veux plus fuir face au vide existentiel ressenti au plus profond des tripes. J'ai toujours fui en m'inventant de fausses passions, avec de la superficialité soporifique dont je me suis abreuvé pour m'abrutir les sens et l'esprit. Après coup je me dis quand même que c'était inévitable. Ce sentiment m'a toujours rattrapé très vite dans tout ce que je fais. Parce que je l'ai craint, il avait raison de tout. Maintenant je pense que c'est lui qui nous permet de nous révéler à nous même. Il dévoile l'inanité de mes actes en me forçant à m'interroger sur leur motivation profonde et à leur remise en question permanente à cause de lui aucun puzzle n'est jamais achevé. Par contre on peut se fourvoyer dans de faux chemins. S'il s'en prend à tout ce qui bouge, alors les actes du quotidien sont vidés de leur sens pratique et détournés dans l'imagination qui prend le relai pour tenter de leur associer un sens caché et là, c'est la cavalcade de l'intellect dans l'aventure, c'est l'aventure !

Vendredi 8 juin 2012: 6h 14

C'est un sentiment de colère contre soi qui m'habite ce matin au réveil. Comment faire un lien entre ce sentiment et les pensées profondes qui l'agitent ? Inconvénient, il est vraiment léger, très diffus et refuse de se laisser appréhender quelque soit l'angle d'approche. Je pense que c'est un résidu des émotions qui ont été brassées au cours de la nuit. Parfois, je me réveille dans un état de bien être agréable, je ressens que la nuit a été revigorante. D'autres fois, l'atmosphère intérieure est plus pesante, elle se signale par une pesanteur, une inertie de l'esprit qui a alors du mal à se détacher des restes de la nuit. L'effet des rêves semble vouloir se prolonger et freiner l'entrée dans l'état de veille. Quelle influence a ma propre écriture sur mon état intérieur ? Lorsque je ressens la justesse de ce que j'écris, c'est l'enthousiasme entrainant, le sentiment d'avoir mis au jour un chemin encore jamais exploré et donc porteur de tous les espoirs déçus à ce jour. Si au contraire, cela me semble approximatif et brillé par le manque de clarté, je ne parviens pas alors a chassé de mon esprit la brume intérieure si bien qu'elle vogue et imprègne les choses autour d'elle comme pour vouloir se maintenir indéfiniment. Le sentiment colérique s'est fondu dans le vif intérêt que me suscite cette nouvelle exploration de mon être parce que perçue comme celle qui permettra la décantation salvatrice. Comment être à l’initiative de ce qui est la source de mes propres états plutôt que dans la peau de celui qui les subit avec une totale impuissance ? n'est-ce pas là un désir illusoire ? Si je me laisse envahir par les mêmes pensées, présentes depuis des lustres, je ne pourrai jamais aller vers les contrées inconnues de mon être. Pourquoi je me complais à la solution de facilité, qui n'est même plus solution de quoi que se soit depuis belle Lurette, de me redire les mêmes choses ? Sans doute que la peur de l'inconnu me fait croire que pour éviter de me torturer intérieurement ou de faire naître le désagréable il ne faut surtout pas troubler ces profondeurs de l'âme d'où pourrait remonter quelque monstre sous la forme de l'incontrôlable. Mais maintenant tout mon être vit ce statu quo depuis tellement de temps qu'il n'est plus tenable et se fissure de toute part. C'est la même peur de la complexité du nouveau monde sur lequel peuvent ouvrir ces portes intérieures qui me fait m'agripper à cet état d'équilibre illusoire. Je ne sais pas ce que je cherche, ni pourquoi je le cherche, encore moins comment le chercher  mais je sais juste qu'une force au fond de moi,  contre laquelle il est vain de résister parce qu'elle est, me pousse à chercher et me susurre que le temps psychologique se fonde en elle . En supprimant de mon esprit toutes les pensées absurdes, fumeuses, irrationnelles et fausses, parce qu'elles sont motivées par les mécanismes de défense en réponse à des peurs inconscientes, vais-je aller vers une plus grande complexité ?  Se débarrasser d'un fatras d'objets hétéroclites qui peuplent le vide de mon esprit, voilà mes écuries d'Augias.

Samedi 9 juin 2012: 6h 20

Hier, grosse journée pour les autres à travers ce trou noir que je suis. Cela fait quelques jours que je les vois tenter de vouloir planter des banderilles pourtant je me sens peace and love devant cet assaut. La mise en condition de la bête consiste à la déboussolée pour lui faire perdre ses repères instinctifs. Et, on a sonné le tocsin lors de cette journée en huit. Les figures de style colorées, chiffrées, d’obstacle, d’alternatives, cavalières, folkloriques, à caractère social, surgissantes, ou au contraire bien campées, cinématographiques, musicales, verbales, lancées à tue-tête, amplifiées, sentencieuses, truffées de sous-entendus et de présupposés et tellement abondantes qu’il serait fastidieux de les décrire une à une. Une journée où je me suis complu à me victimiser dans la fausse interrogation de pourquoi tant de harcèlements métaphoriques et imagiers à mon encontre. Suis-je perçu comme je perçois parce que j’en suis l’instigateur malgré moi ? Certainement!  essaie-je de me dire que j’ai ma part de responsabilité sans pourtant me convaincre. Alors dans ma personne, dans ma façon d’être je dois refléter exactement ce que je vois chez les autres. J’ai ce sentiment que les autres me regardent comme moi je les imagine. L’égo se ressent en extase devant toutes ces chimères qu’on et il, allez savoir dans un tel enchevêtrement, ont mobilisées rien que pour ses beaux yeux. Il s’en nourrit alors que moi derrière je fais le cantonnier de service, comme me l’a chanté un ami qui me veut du bien, qui détache consciencieusement ce que lui attache pernicieusement par la magie de l’illusion dans mon esprit. En suis-je réduit à devoir désengager ces autocollants chimériques comme le personnage burlesque qui n’arrive pas à se débarrasser d’un papier collant. Comment me suis-je retrouvé dans ce rôle qu’on m’a attribué d’office dans un casting de l’ombre et que j’ai endossé dans l’ignorance de la grosse couche que je tiens et finalement qui me collerait à la peau par le phénomène d’adsorption bien connu des chimistes. C’est comme si un type comme moi était le borne d’entrée vers lequel doivent converger toutes les fantasmagories locales parce que réputé pour l’être et réputé parce que susurrer par les inconditionnels du chiffrage ayant fait une « chiffronite » aiguë. On dit qu’il faut savoir éveiller chez l’autre sa part de lumière plutôt que d’ombre alors il faut croire que j’ai tout faux sur ce plan. Au fil du temps, le costume, le chapeau, ou je ne sais quel vêtement coloré et bigarré  que les autres s’ingénient à vouloir me faire porter comme un mistigri, pour être l’arlequin de leur imaginaire me donne souvent cette impression qu’il y a autant de faiseurs de rois que de faiseurs de leurs fous. Ou peut-être que les deux élections vont de paire. Pourquoi j’arrive à de telles conclusions ? Tout simplement parce que lorsque vous voyez, entendez et même sentez les mêmes choses à intervalles réguliers, qu’elles s’ordonnent suivant le même cadastre spatio-temporel et que votre esprit vous répète inlassablement qu’un tel niveau de coïncidences relève soit de l’impossible soit du machiavélique alors vous  balancez de l’un à l’autre, c’est à dire de celui qui a les pieds sur terre au planeur interstellaire. Mon agir consiste à leur réduire le temps de cerveau que ces incrustes veulent s’accaparer pour déclencher un effet boule de neige dans ma tête. Pour cela le repérage suivi du déminage par un désamorçage des techniques d’ancrage qu’elles mettent en œuvre  doit être systématique. Au début, j’étais le joueur de poker qui prétendait donner le change en ne rien laissant filtrer de son état émotif. Puis, je me suis senti comme à livre ouvert, la moindre crainte ressentie au fond de moi trouvait son illustration comme par magie dans la réalité. Tout dans cette dernière faisait lien avec mes émotions qui voulaient se donner une preuve tangible de leur provenance extérieure. Bien sûr au prix d’une entorse à la rationalité bien tolérée dans les moments où la lucidité battait la campagne.

Dimanche 10 juin 2012: 5h 53

Nuit plutôt courte. Je me réveille avec la même impression de flotter dans une atmosphère d’étrangeté où il n’y a plus que des certitudes renversées là devant moi, où des parfums de déjà  ressenti de cet imaginaire de l’étrange font leur réapparition. Elle s’est mise en place de manière sournoise comme si elle ne voulait pas éveiller les soupçons avant d’être sûre de s’être bien cramponné grâce aux souvenirs qu’elle a fait ressurgir. De repenser à l’un d’eux en particulier lui a entrebâillé la porte par laquelle elle s’est glissée. Le souvenir passe et laisse derrière lui cette impression persistante. De par sa nature éthérée elle enveloppe tout de son essence, elle épice le vécu de son arôme indélébile car tout entrant ou sortant s’en imprègne.Tout simplement parce qu’elle est sur le seuil. Je ne perçois, je ne pense que sous son influence. Mon souvenir est marqué par cette senteur qui pointe sur la palette des émotions et des sensations physiques et me la fait reconnaître. A chaque tentative pour aller vers des contrées nouvelles, elle vient me hanter pour s’agripper et me retenir dans ses nasses suggestives, j’ai beau lui dire qu’à son jeu on ne gagne que si on ne participe pas mais elle est du genre obstiné. Quand je ressors de ces joutes imaginaires je me vois comme un chien dans un jeu de quilles. Je suis tellement tourné vers mon monde intérieur que je ne peux parler que de moi. Je n’ai jamais su me mettre au diapason de l’autre. Peut-on comprendre les autres si on ne se connait pas soi-même ? L’écriture a surgi à un moment crucial, comme pour m’éviter de sombrer corps et âmes dans une non existence, c’est la petite flamme intérieure qui arrive à se frayer un chemin dans ce qui paraissaient être les fonds abyssaux du désespoir. Dit avec une telle grandiloquence, un tel lyrisme, des mots aussi forts on doit se figurer une personne qui a souffert le martyr et qui s’est torturé l’esprit jusqu’au limite du supportable. Quelque chose en moi me dit de l’exprimer plus prosaïquement et avec un zeste d’humour, ce qui donne: je me languissais (pour ne pas dire je me faisais…) tout seul dans mon coin, heureusement que je me suis trouvé pour me raconter mes élucubrations devenues impossibles à contenir, faute d’une oreille attentive on fait avec soi-même dans l’écriture (attention, pas d’interprétation graveleuse). Quelle meilleure oreille que la sienne ? Le point de vue dans le style lyrique se veut rejoindre l’absolu dans le drame alors que la prose qui a ses racines dans un relatif affirmé veut toujours dédramatiser. Quel est le style qui reflète le plus de sincérité ? Surement que le second survient pour contrebalancer l’exagération de la formule ampoulée qui nous semble n’avoir sa place que dans la vie théâtrale . Or, dans le temps les deux points de vue peuplent alternativement mes états d’âme en fonction des vécus du moment. C’est de penser en s’imaginant le regard narquois des autres qui fait relativiser son propre vécu. Lorsque ce regard se fait oublier, la pensée intime ne se sentant redevable qu’à elle-même se perçoit seule, coupée du monde, sans attache matérielle, elle s’envole dans l’intuition de l’absolu qu’elle projette alors dans le style et les mots grandiloquents.

Mardi 12 juin 2012 : 5h 03

Nouvelle irritation dirigée contre moi-même pour  mettre laissé prendre au petit jeu mesquin de l’égo, hier.  Cette sensation de colère inhibée est apparue lors de la surveillance de l’après-midi. Je me suis laissé manœuvré par la partie adverse qui pour arriver à ses fins a multiplié les sources de stimuli pour me contraindre à me sentir engagé dans une partie qui consiste à garder sa lucidité et celui qui la perd et se retrouve à agir comme un zombie est éliminé de la course. Rappel des faits: à l’intérieur du bus qui m’emporte vers le collège, j’entends un « il est attaché », ce qui veut dire par ici que je suis sous l’emprise d’une force maléfique qui a pris possession de mon corps et de mon esprit. Je me dis alors que la journée va être mouvementée. Ce qui est confirmé un peu plus tard par la présence d’un bus qui porte une plaque avec un P d’une certaine caractéristique que j’ai repéré dans un film et qui lorsque je l’ai croisé dans d’autres situations (au moment où je saisis ces lignes l’ordinateur fait des siennes et se bloque) elles se sont avérées du même type que celle que je viens de vivre. Dans le film en question le personnage principal qui croise ce signe sans lui prêter attention est exécuté quelques minutes plus tard. Cette fois, s’il y avait un doute il n’est plus permis d’autant que ce bus s’est arrêté à un endroit où il n’y a aucun arrêt, je suis donc en droit de penser que c’était pour que je le vois. Arrivé au portail du collège un homme tient une carte de soin ou autre et me demande 20 dinars, je mets la main à la poche et je lui tends au hasard une pièce de 50 dinars et je continue mon chemin. Vous me direz que mendier à la porte d’un collège ce n’est pas banal ! Une fois dans la salle où je dois effectuer ma surveillance un élève me dit qu’il a mangé le coin de sa feuille de brouillon ce qu’il me donne à constater de visu. En allant rendre les copies, un collègue m’interpelle et lorsque je suis à ses côté il tend son bras comme s’il regardait sa montre mais je remarque qu’il reste un temps anormalement long sans du tout la fixer des yeux. Faire le geste de regarder sa montre sans la regarder, comme c’est bizarre ! j’ai vu une fois à la télévision, dans des arrières plans de reportage des gens qui mimaient des gestes de la vie quotidienne. Pendant la pause entre deux épreuves, je discute avec un autre collègue et je remarque qu’il est au bord de l’implosion et qu’une tension et une agitation sont perceptibles et qu’il ne cherche pas à dissimuler. Je lui demande de quoi il retourne et il m’explique en gros que certains membres de l’organisation de l’examen en ont après lui par une sorte de harcèlement sournois pour le pousser à bout et il me jure que le lendemain il ne viendra pas car il se dit à deux doigts de commettre l’irréparable. Je me reconnais en lui et je sais ce qu’il vit intérieurement. Il m’explique alors que lorsqu’il a remis le paquet de copies, un de ceux qui les réceptionnent aurait déplacé une copie sciemment pour lui faire une remarque sur sa négligence. Et je comprends que pour une broutille pareille il se met dans un état totalement disproportionné, ce qui peut avoir des conséquences dramatiques sur sa santé mentale. Pour qu’il dédramatise, je lui raconte alors toutes les bizarreries que j’ai moi même vécu en remettant les copies dans la salle administrative: j’ai entendu un enregistrement de chant de canaris, un des réceptionnistes de copies a posé à ses côté un croc de boucher et lorsque je l’ai questionné sur la présence d’un tel objet peu habituel en ce lieu de savoir, il s’est contenté de rire sans satisfaire ma curiosité. Je lui raconte aussi le geste d’affection du chef de centre vis à vis d’une élève à qui il attrape le nez entre l’index et le majeur pour le tordre. En disant tout cela j’espère lui changer les idées et le faire penser à autre chose mais je vois bien qu’il tourne en boucle dans sa tête les mêmes peccadilles l’air remonté.Il ne parvient pas à prendre du recul et à relativiser. Cette compassion semble avoir pour conséquence un redoublement de pression à mon encontre pour m’apprendre à me mêler de mes affaires. Contrairement aux us et aux coutumes en vigueur jusque là, qui veulent que celui qui a en charge la collecte des copies ne change pas de salle, il se produit un changement de salle et je me retrouve dans la salle 1 au lieu de la 10 du matin. Je deviens goal en quelque sorte dans l’imaginaire du rond-de-cuir. Les numéros ont une importance capitale dans ce micmac à Larigot. Un des surveillants présents, à qui j’ai eu à faire par le passé dans le même type d’embrouilles, annonce la couleur d’entrée pour m’entrainer dans un comportement de somnambule éveillé. D’emblée, il passe auprès des élèves et signe les copies. Il faut savoir que suivant la position dans le tableau des surveillances chacun est affecté d’un numéro entre un et trois qui se retrouve sur les copies où il doit apposer sa signature. Un peu plus tard, après que les premiers candidats aient rendu leurs copies, pour le titiller, je lui fait remarquer qu’il a eu l’outrecuidance d’émarger dans ma place de parking. Il me répond qu’il l’a fait machinalement car depuis le début c’est à l’emplacement n°1 qu’il a signé. Je lui rétorque alors que dans le PV de la salle de surveillance qu’il a émargé en premier, il a bien signé à l’endroit qui  convenait c’est à dire le n°3. A partir de cet instant, on commence à se prendre au jeu et le déclic de l’identification s’opère, la lucidité chancelle alors que l’emprise émotionnelle se fait de plus en plus présente. je m’oublie dans ces enfantillages où chacun veut prendre l’autre en défaut. Cela fonctionne à merveille lorsque les égos qui se confrontent sont de même nature. A mon tour, je commets l’irréparable, comme je n’ai plus de place attitrée où signer dès que je vois un emplacement libre sans me soucier des autres j’émarge machinalement et donc je finis par signer deux fois la même copie. Les deux autres surveillants s’en donnent à cœur-joie. J’essaie de faire bonne contenance mais je suis totalement identifié à l’égo qui fait naître en moi le sentiment de celui qui est blessé dans son amour propre les rires de mes comparses me mortifient presque . Je lui dis alors que j’ai même l’habitude de mettre des chaussettes dépareillées donc c’est pas une erreur d’émargement qui va me traumatiser et là je sens que j’ai marqué un point car son ardeur à vouloir me charrier se refroidit comme dans un choc thermique. Ce sont ces situations vécues de manière récurrente presque à tous les examens qui portent sur les nerfs et pourtant dans lesquelles je m’engouffrent avec des œillères. Pour des peccadilles  on se monte le bourrichon mais en fin d’année scolaire, le stress aidant tout le monde se sent sur des charbons ardents. L’ennui omniprésent des années précédentes conjugué à l’égo dont je n’avais aucune conscience ont installé des réactions dont j’ai un mal fou à me défaire. L’irritation contre moi-même   vient aussi de ce que ce comportement puérile me donne mauvaise conscience par rapport à celui du professeur modèle auquel l’égo aime à se référencer, ce qui fait surgir alors un sentiment de culpabilité de s’être laissé aller A notre décharge, le chahut dans le couloir, des va-et-vient incessants dans notre salle pour se passer un marqueur d’une salle à l’autre et d’autres intervenants, des regroupements sur le seuil de la porte, bref des facteurs dérangeants qui amènent à s’oublier dans des comportements parasites. L’impression de fond vers laquelle font converger tous les éléments subliminaux captés c’est d’être engagé dans le match de sa vie, pour conquérir sa liberté, dans une sorte de duel à OK Coral. Le surveillant, qui travaille aussi avec moi, vient me voir  pour me demander de lui rédiger une demande administrative concernant une offre de service pour je ne sais quel agence puis ayant subitement changé d’avis il s’est mis à l’écrire lui même mais l’a laissé négligemment sur le bureau, plus tard alors que je suis assis à ce bureau un mot  attire mon attention c’est « Clio » qui y est mentionné. Le surveillant-agitateur me demande s’il peut déguerpir alors qu’il ne reste que quelques élèves, comme si j’étais responsable de lui, sur le même ton blagueur je lui dis que s’il s’en va je me ferai un malin plaisir à le signaler. Il reste et finalement va ramasser la dernière copie  mais en me la remettant il détourne mon attention de l’ultime vérification en me disant de bien noter le numéro de la copie et je vois qu’il se termine par 62, je me dis alors comme il est prof d’histoire ça s’explique. Machinalement j’ai supposé qu’il avait vérifié que toutes les mentions était présentes or l’élève avait oublié de signer. Lorsque plus tard, on constate l’oubli, je me reconstitue tout le film des événements et je fais un lien avec chacun des éléments croisés en cours de route: les cages de canaris sur mon chemin depuis quelques jours symbole d’emprisonnement, ce nombre 62 évoquant l’indépendance, le mot « Clio » inscrit sur la demande, une autre référence à l’histoire. En sortant du collège , les numéros de maillots s’affichent d’abord le 10 puis le 22 chacun prenant des directions et des couleurs bien distinctes.

Mercredi 13 juin 2012: 5h 10

Je me sens ligoter par ce que je pense. Je veux penser autre chose c’est à dire ce qui m’est inconnu et qui a une saveur dont le souvenir s’est estompé de ma mémoire à force d’habitudes.  Me surprendre en découvrant des idées qui éclairent sous un jour nouveau par le  réarrangement intérieur qui fait revoir tout de fond en comble. Peut-on se dire quelque chose qui n’a été vu,lu ou entendu nulle part? J’en doute fortement et je suis persuadé de n’être qu’une éponge qui ne fait qu’absorber ce qui vient sous une forme ou une autre du dehors. Je ne peux être fait que des idées qui se brassent hors de moi, dans le monde. De tout ce que je pense, qu’est-ce qui m’est propre? Absolument rien ! C’est au gré de ses rencontres, de ses échanges, de ses lectures que se construit notre pensée. On pourrait presque en dire le principe de Lavoisier: rien ne se crée, rien ne se perd, tout se reçoit. A l’exception de celui qui par son génie fait une découverte. Je m’interroge sur la motivation essentielle qui doit me guider dans ce que je fais de ma vie; c’est de vivre le plus heureux possible. Ce que j’écris, ces phrases que j’aligne comme le long fil d’une pelote, a sa raison d’être dans ce désir. Je le vois comme le cri de bonheur d’une vie qui trouve sa voix et ne reste pas confinée à l’étroit dans un placard. Elle veut surtout se dire, se décrire sans fard, dans sa vérité qu’on dit nue. En est-elle toujours capable ? Ne peut-elle se dire que dans les mots pour certains ? Y a-t-il un temps pour vivre et un autre pour l’écrire comme pour l’Histoire ? Vivre dans l’écriture peut-il confondre les deux temps en un seul ? Se réaliser dans l’écriture ? Alors  n’écrit-t-on pas simplement des histoires pour divertir le commun des mortels et se retrouver dans une autre forme d’illusion ? Tous les moments de la vie qui encadrent ceux de l’écriture sont-ils, eux qui la nourrissent ou au contraire ne sont-ils que secondaires parce que l’écriture trouve sa substance ailleurs ? Pour écrire ne faut-il que regarder les autres vivre pour mieux les observer et s’en inspirer ? cela voudrait dire que la vie s’invente, se réalise par d’autres acteurs que ceux qui veulent en rendre compte. Existe-t-il une écriture à l’instar de la peinture moderne qui ne veut rien représenter de la réalité ? Dans cette peinture, les couleurs,l’espace, les formes sont pour eux-mêmes, sans illusion, ce qui voudrait dire prendre des mots, les mettre dans un ensemble dont le tout n’aurait pas d’équivalent dans la réalité. Il conviendrait alors d’établir quelles relations peut émerger de ces associations  non conventionnelles de mots. Je crois que c’est une forme de poésie.
Je me sens désorienté parce que j’ai voulu écrire avec une motivation autre que celle qui est à l’origine de ce journal. Comment a-t-elle évincé ce qui était arrimé aux tripes et qui fait écho à un désir existentiel ? Simplement en me laissant soudoyer par l’idée que je devais me lancer dans d’autres récits que celui de ma propre existence. Or, en tentant cette petite incursion, hors de mes sentiers battus, c’est comme si je devenais subitement muet, sans voix, avec rien à dire et entièrement désincarné. Je me suis emparé d’un désir qui n’est  pas encore le mien pour finalement ne plus me reconnaître dans une écriture qui m’apparut alors comme artificielle, sans finalité si ce n’est celle de l’esbroufe.Je comprends que je dois écrire pour aller chercher au fond de moi ce qui ne peut sortir que de cette façon. Donner la voix à ce qui a été étouffé justement par de faux désirs où je me suis abîmé, des supercheries frelatées dont ma tendance naturelle à la superficialité raffole pour m’embrumer et m’entrainer dans ce qui n’est pas enraciné. Je ne peux pas écrire si je ne pose pas sur la table avec sincérité les vraies raisons qui me poussent à le faire. Dès que je m’en détache, je sens que la flamme intérieure de l’inspiration vacille et s’éteint temporairement jusqu’à ce que je retrouve le vrai sens des choses qui va de pair avec le parler vrai.
Qu’est-ce qui me fais rêver ? Qu’est-ce que j’attends de la vie ? Suis-je heureux? Dans l’immédiat ce qui me tient à cœur et ce dans quoi je m’investis c’est la tenue de ce journal. C’est ma respiration dans la vie. Cela fait longtemps que je ne me suis pas senti aussi impliqué  dans une activité qui me correspond, à laquelle je crois de tout mon être. Par contre, je dois me départir de cette ambiance intérieure de sérieux qui ne fait qu’appesantir les enjeux, qui instaure une rigidité peu propice à la nature de l’écriture sur soi. L’humour et une certaine dérision permettent de se détacher de son propre égo et d’avoir un certain réalisme qui permet de belles découvertes. Vivre se conjugue avec écrire. Je ressens avec force le besoin de ces moments où je me répands dans l’écriture. C’est comme si je passe d’une vie rythmée sur un temps à celle à deux .  A l’ennui, plus ou moins dompté, plutôt moins que plus, j’ai pu ajouter ce qui ressort par contraste comme la fulgurance de la passion naissante. S’accomplir dans l’écriture fait passer mon être d’une espèce d’évanescence sans consistance à la réalité des mots. On pourrait rétorquer qu’ils sont eux aussi une abstraction mais ils ont le pouvoir de garder vivace ce qui traverse l’esprit.  Pourtant , extérieurement rien n’a fondamentalement changé. Simplement de mettre à plat ce que je crois être me fait ressentir l’essence des choses et de mon être. De se voir capable de cela avec plus ou moins de réussite me rattache à l’acte de vivre avec plus désir. La pensée détournée de sa partie lumière pour celle de l’ombre me semblait un outil de torture du plus grand raffinement par ses questionnements stériles et non aboutis, me démontre là, la pleine puissance de ce qu’elle est. Quand elle s’éveille à soi, elle vous sort du labyrinthe de l’habitude et de l’imaginaire dans lequel vous vous enfermez, en un tour de main. On découvre alors d’autres facettes insoupçonnées de la vie. Après coup, je me demande toujours comment  j’arrive à extirper un ensemble cohérent de pensées qui me correspond dans ce qui à l’origine me parait un chaos bien organisé. A chaque fois cela parait relevé de l’alchimie du miracle.

Jeudi 14 juin 2012: 7h 43

La guerre des mondes réel,imaginaire et symbolique.

A l’aube d’une nouvelle évolution du champ mental des humains, la lutte est sans merci entre l’esprit bien intentionné et son envers de la médaille. Quel est celui qui dominera et sera le caractère dominant dans la première génération descendante et celui  au contraire qui sera le caractère récessif?
Chacun trouve que ce n’est jamais trop assez blanc ou trop assez noir, selon son appartenance,  dans la passation et le mélange génique que se fait lors du passage de témoins.
État des lieux :            chaque humain projette ses désirs, ses craintes, ses intentions avouées ou non dans les nombres, les couleurs, les personnes et différents objets de la vie quotidienne, une sorte de fétichisme des autres. Au gré des rencontres qu’il fait il les décode en oracles favorables ou néfastes pour lui et ceux qui sont de son bord. Il leur attribue un sens social, politique, religieux et commercial.
Lorsqu’il s’interroge à propos d’un devenir personnel, national, planétaire et même cosmique il essaie de déchiffrer ce que lui dit le monde autour de lui à cet instant. Le nombre, ou autre chose, qui surgit et sur lequel son esprit semble se tétaniser porte en lui la réponse à l’interrogation de cet instant, de l’univers que tout le monde se plait à considérer comme un tout non divisé, fait d’une seule pièce en quelque sorte.
Suite à une mutation mentale, l’espèce humaine a la faculté de tout relier dans le champ de la réalité et de ce fait chacun arrive à construire des interprétation où tous les faits perçus à un instant donné s’intègrent dans la globalité du tout pour signifier l’intention en cours dans son unicité .
Ce sont les moyens de communication entre le tout et sa partie. Il suffit d’y croire profondément pour que ça fonctionne, et quand je dit ça je parle du freudien, lacanien ou yungien selon son réseau d’appartenance.
Vous l’avez compris le hasard n’existe plus, il a été pourchassé et ne survit plus que chez quelques pauvres hères qui croient dur comme fer à la chance de leur vie et qui l’attendent et la guette en jouant au loto et à toutes les tombolas clandestines que des parias leur organisent.
Finalement les gens passent le plus clair de leur temps à lire et à décoder ce que l’univers veut bien leur dévoiler. On y lit les événements politiques qui se trament quelque part sur la planète et bien d’autres.
Le principe de fonctionnement de ce moyen de communication est d’une simplicité magique. Lorsqu’une intention germe dans quelque esprit de ceux qui détiennent entre leur main le pouvoir réel de façonner le stuff of my mind et donc de faire évoluer ou même changer l’état mental proche du végétatif de la grande masse des laissés pour compte, cette intention ne peut être dissimulée et elle se révèle malgré lui par des détails insignifiants, par exemple la couleur de sa chemise, la direction que prennent les rayures de sa cravate, ou alors la gestuelle qu’il ne peut contrôler lorsqu’il parle. Elle se propage alors dans le stuff de proche en proche et peut être perçue par tout un chacun. Il dévoile des intentions qui ne sont qu’au stade d’ébauches dans sa tête mais qui prendront corps, à certaines conditions dans le réel.
Changer le cours des choses revient alors à s’approprier le sens propagé de l’intention pour la désactiver ou au contraire lui insuffler un rafraichissement mnémique qui lui permet d’atteindre la charge seuil minimale pour prendre effet dans le réel et tout cela ce déroule dans la tête des cerveaux (réfléchissez bien ce n’est pas dénué de sens) de la résistance comme dans ceux des zombiaques qui ne sont que des relais de transmission.
Bien entendu cette intention peut être bonne ou mauvaise, mais en général l’élite auto-choisie épicurienne et matérialiste n’a qu’un seul but dans la vie celui de s’en mettre plein les fouilles, il est donc aisé de deviner dans quel sens s’orientent le plus souvent ces intentions qu’elles lancent alors avec la technique du boomerang : elles ont d’abord biseauté l’intention sur sa bordure, à laquelle s’ajoute l’effet tordu, le double mouvement est alors tel que l’intention revient sur son envoyeur, après avoir moissonné dans le réel.
Il est clair que la lutte invisible qui engage les forces de la résistance contre l’élite au gouvernail se fait dans le plan symbolique.
Elle consiste à pousser ceux du camp adverse à relayer nos intentions malgré eux , ceux qui se fient aux apparences sont alors les dindons de la farce et en sont pour leur frais.
Tout acte est d’abord accompli dans le stuff of my mind avant de voir sa traduction sur le plan de la réalité.
Mais on s’est aperçu qu’on pouvait simuler un acte réel factice en le mimant simplement et cela générait alors l’intention dans le cerveau de celui qui l’observait.
Vous l’avez bien compris, on a inversé le cours naturel des choses: au lieu d’aller de l’intention vers les actes, on va de l’acte vers l’intention. Cette intention qui a germé de façon artificielle est dotée des mêmes pouvoirs actifs que celle qui est le fruit d’un vécu non manipulé sciemment .
Et depuis l’humanité se trouve plonger dans cette lutte à coup d’images symboliques.

Vendredi 15 juin 2012: 9h 50

Je ferme les yeux avec la ferme intention de ne pas penser pour voir surgir des images mentales n'appartenant pas à la conscience de veille ou tout au moins dont l'influence en a été réduite. Les premières images, les plus abouties sont des robinets. Je me l'explique par le fait que je viens juste de me coltiner le ménage qui commençait à s'impatienter et dans ces actes de la vie quotidienne je n'ai fais qu'une multitude de va-et-vient vers des robinets. Nouvelle tentative. J'ai beau m'échiner elles se refusent à naître sans la poussée de la pensée que je maintiens dans la neutralité. Lorsque je suis extrêmement tendu elles s'imposent d'elles-mêmes à mon esprit. Elles ont alors une cadence difficile à suivre pour établir une analyse cohérente entre elles ou pour faire le lien avec des vécus. Il se produit alors une succession de morphismes où je passe d'une image symbolique à une autre. Lorsque je suis anxieux, tracassé par une peur sans objet dont je n'arrive pas établir l'origine, je vois alors un défilé d'animaux mythologiques plus effrayants les uns que les autres auxquels se mêlent des expressions imagées ou scénarisées d'idées qui m'obsèdent en rapport avec cette angoisse diffuse. Fait surprenant, de les laisser apparaître sans interventionnisme de la conscience, c'est ce que je crois, de les regarder fait fondre la boule angoissante qui  était présente, comme si celle-ci avait trouvé le moyen de s'exprimer à travers ces images. N'ayant pas pu faire le lien avec la pensée profonde qui en était la cause cette pensée angoissante non extériorisée restait là, comme coincée, et provoquait ce ressenti angoissant. Mais dès lors qu'elle est apparue à ma conscience sous cette forme d'images symboliques, elle s'est volatilisée comme par enchantement.Par contre, quand je me sens détendu, comme aujourd'hui, ces images ont un mal fou à se former.

Mardi 19 Juin 2012: environ 7h

C'est quoi exactement un con ? Voilà un mot qui est connoté de mille façons mais qui reste insaisissable dans une définition unique. Est-ce manquer simplement de discernement de façon irrémédiable dans une sorte de spleen jubilatoire en étant totalement identifié à un personnage grotesque dont la lucidité sur lui même et sur les autres lui échappe ? A-t-il une fonction sociale pour que d'autres, dont l'égo doit s'accrocher sur quelque chose sous peine de se retourner contre soi: voir la connerie des autres protège de voir la sienne (pas sûr !) ? Quand je repense à des moments de ma vie où je l'ai empoignée avec passion (la connerie, et y en a beaucoup !) je m'aperçois qu'il y avait toujours une petite voix qui m'en avertissait (vous me direz que c'est le propre de la pensée qui lorsqu'elle pense blanc, pense en même temps noir.) que je n'ai jamais voulu ou pu entendre car elle était trop chétive devant les autres qui étaient tonitruantes. Quels sont les points communs à toutes ces situations qui font surgir ce comportement que tout le monde voit sauf l’intéressé ? Est-ce que la bêtise est toujours au rendez-vous ou est-ce l'égo dans ses désirs mégalos et de domination qui nous y plonge avec délectation ? Est-ce que de se ressentir comme tel dans son for intérieur n'est pas incompatible avec le fait de l'être ou, on peut l'être et s'en apercevoir nécessairement après coup grâce à un esprit retors qui joue sur les  deux tableaux soit,  par altruisme, pour nous  en faire sortir, soit pour mieux enfoncer le clou ? La condescendance qui fait voir la connerie de l'autre dans l'unique jouissance de s'en gausser n'est-il pas la partager avec lui ? Vivre dans la peau d'un con qui ne s'ignore pas, c'est ressentir n'avoir rien compris à la vie, s'être fourvoyé dans des croyances aberrantes sur soi et sur les autres et avoir tourner en rond pour aller nulle part. Est-ce que l'absurdité et la méchanceté agissent comme ses révélateurs ou des épices. Dire c'est un con, c'est la voix du jugement alors qu'y voir simplement de l'absurdité c'est au contraire se refuser à toute condamnation superficielle. Est-ce que l'absurdité n'enveloppe pas et ne dissout pas la connerie ? Face à l'absolu de l'absurde la connerie peut-elle exister ?  Peut-on faire le choix de vivre absurdement ? Percevoir le monde sous ce filtre n'amène-t-il pas à rechercher la marginalisation comme son corolaire ? Peut-on chasser de son esprit cette idée une fois qu'elle y a germé ? Dans la mesure où tout peut être réduit à ce constat, face au mystère qu'est la vie et pour échapper à ce vide ne vaut-il pas mieux le peupler d'illusions et de chimères. L'absolu de la vie et le vide de l'absurde se rejoignent-ils dans la pensée ou dans le sentiment d'être ? Je veux dire est-ce que ressentir le vide de l'absurde est de l'essence de la pensée tandis que le sentiment vrai de soi , lui, convoque l'absolu de la vie. Avoir frayé avec cette idée d'absurde ne nous affuble-t-il pas d'un casier judiciaire qui nous colle à la peau et qui est exhibé à la moindre tentative de vouloir s'émanciper de cette vision de la réalité ? Ou alors c'est le sentiment de l'absurde qui nait nécessairement du questionnement qui dépasse l'entendement de l'esprit humain qui se cherche dans le sens de la vie ? Vouloir transcender son propre entendement conduit, si l'on s'en tient à la raison de la pensée, obligatoirement à l'absurde si elle ne peut pas se transcender. Puis-je alors empêcher ce sentiment de naître en mettant fin au questionnement qui le fait sourdre ? Avec quoi éteint-on les questions qui viennent du fond de ses entrailles ?  Par une question qui allume un contre-feu: peut-on transcender l'entendement humain ?

Hé! Johnny, depuis le temps que tu allumes le feu, ne pourrais-tu pas allumer des contre-feux pour changer ?

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Mis à jour ( Mardi, 19 Juin 2012 10:34 )  
Auteur de cet article : phoebus

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